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Chacun sa porte

Chacun sa porte Zoom sur Chacun sa porte
A la suite de cette première "exposition" des créations collectives, d'autres demandes ont émergé progressivement, au fil des jours.


Une infirmière a suggéré qu'il serait intéressant de pouvoir réaliser des panneaux dans le même état d'esprit, afin de permettre aux patients de mieux distinguer et différencier leurs chambres. A la séance suivante, la proposition a donc été faite aux patients de prolonger les créations de fougères, sur des carrés plus petits. Quelques patients s'intéressent, d'autres commencent à trouver que les fougères "Il commence à y en avoir un peu partout!".






Une stagiaire infirmière participe à la réalisation des carrés, avec les patients qui le souhaitent. 4 patients demeurent jusqu'à la fin de la séance et nous allons ensuite, en petite troupe, installer les panneaux carrés sur les portes des chambres des patients. Certains choisissent ceux qui vont être installés sur la porte de leur chambre, parfois parce qu'ils ont fait les dessins ou choisies les couleurs, parfois parce qu'ils le trouvent esthétique. Ces dessins seront respectés pour la plupart, avec parfois une destruction de l'un d'entre eux, par un patient dément ou dissocié. Et surtout, ils servent réellement de points de repères aux patients, avec d'autant plus de plaisir pour certains, qui insistent sur le fait qu'ils ont participé à leur création.
Un autre carré est également venu s'inscrire sur la porte de la petite salle, nécessaire pour masquer des stigmates de destruction faits par le coup de poing d'un patient.

"Moi, je sais que je suis dans la chambre avec la feuille verte..."
"C'est là où il y a le carré rouge et la feuille jaune..."
"Ben la mienne, je n'aime pas, on pourrait pas la changer? "
"La couleur rouge, elle a bavé, même sur la porte..."


Au fil des jours, certains patients inscrivent parfois des choses sur les carrés, tel T qui avait noté: "Réveillez-moi pour la pause clop"; d'autres grattent les fougères collées pour voir si elles tiennent interrogeant la solidité et la permanence; d'autres les enlèvent carrément comme cette femme qui refusait d'avoir du rose sur SA porte, avec qui il a fallu négocier et re-faire un autre carré de fougères; d'autres trouvent cela "moche", "ringard"; certains d'emblée aiment être dans la chambre fougère rouge ou verte; d'autres ne voient même pas les carrés; certains les détruisent, témoignant qu'il nous faudra encore et encore, trouver des voies de transformation des pulsions destructrices, m'évoquant une remarque d'une aide-soignante: "Ici, il faut toujours ranger et organiser, ça ne tient pas". Ce constat, parfois un peu morose d'un éternel recommencement, explique que souvent, il peut sembler plus facile de ne rien laisser "trainer", quitte à renvoyer les patients au vide à la place du chaos. Les carrés sont donc refaits régulièrement, témoignages de notre capacité de thérapeutes à supporter, transformer, refaire et recommencer...Je me souviens alors, du temps qu'il a fallu pour que de simples feutres soient laissés à la disposition des patients, même s'ils les laissent débouchés, les égarent ou les rangent mal...Peut-être que malmener des feutres est un moindre mal...

Face à l'efficacité de ces carrés pour la reconnaissance des chambres, une autre demande est apparue ensuite. Les thérapeutes, médecins et cadre de santé, (d'abord sous la forme d'une boutade) ont suggéré que ces petites décorations créatives seraient aussi les bienvenues sur leurs portes, pour permettre également, la reconnaissance et la distinction des différents bureaux. Les fougères sont devenues des spirales, pour éviter la confusion avec les chambres des patients. Les couleurs sont restées dans la même gamme de teintes choisies à la base. Les réactions des patients ont été intéressantes, oscillant entre "Ah non, moi je ne bosse pas pour les médecins" et "Ça leur a tellement plu qu'ils en veulent aussi". Entre sentiment d'exploitation et fierté, s'est déclinée toute une palette de mise en mots. Les interactions dans le service en ont été modifiées durant le temps où ces créations se sont déployées et des questions sur la place et le rôle de chacun ont aussi émergé.

Et lorsque les pastels d'une des spirales, se sont mis à tacher, un jour, une blouse blanche, des associations d'idées subversives ont traversé l'imaginaire groupal...Il a fallu fixer les couleurs pour qu'elles cessent de se promener hors de leurs cadres en allant tacher les médecins...pulsions salissantes...

Un clin d’½il coloré...




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