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Contenance niveau zéro

Contenance niveau zéro Zoom sur Contenance niveau zéro

Une fois le meuble jaune réparé, et posé dans un coin, finalement peu utile mais très esthétique et apprécié, (surtout témoin de nos anciens locaux, et peut-être bien porteur d'un deuil à faire), j'ai commencé à lorgner sur les murs, emportée par la vague d'une réparation salvatrice, encore plus attendue par l'institution, après le premier épisode somme toute assez concluant, du meuble jaune.



Des murs, c'est censé être solide et contenant...



Premier constat, question contenance, nous frôlons allégrement le niveau zéro. Les murs de cette mini pièce sont consternants. Le mur de gauche, en entrant, est fait d'un mur de bois, à claire voie, des planches dessinant des verticales permettant de voir à travers et surtout de tout entendre. Le mur du fond est fait de panneaux de bois compressé, sans aucun décor et qui évoquent plus un côté inachevé qu'autre chose. Les panneaux de bois sont surmontés de vitres, permettant de voir dans la salle TV qui se trouve derrière au fond. A nouveau, on voit à travers et on entend tout...Seul le mur de droite est un vrai mur solide qui tient bien. Et pour couronner le tout, la porte est toujours grande ouverte. Porte qui a des stigmates bien visibles, traces laissées par les coups de poings d'un patient.

Ma première réaction a donc été de compter sur l'institution et j'ai demandé s'il y avait moyen de rétablir un semblant de distinction entre ces trois espaces. Pas de changement possible du mur à claire voie. Pas d'aménagement possible non plus, avec des rideaux, toujours susceptibles de s'enflammer aux yeux méfiants des agents de sécurité ou de proposer des scénarios divers, pour des suicides avec rideaux ou des séances de boxes à coup de tringle. Aucun recours de ce côté là.

J'ai donc tenté de "sécuriser" un peu le mur du fond, mais là aussi, le besoin des thérapeutes de voir les patients et de vérifier leur présence ou leurs actions, s'est mis en travers de mes intentions. Pas question d’empêcher le regard des thérapeutes de passer. Dommage, car de ce fait, il est très difficile pour les patients, de vivre une expérience de clarification et de distinction des espaces. Les espaces se mélangent par un visuel qui propose une vision traversante que rien n'arrête, avec en toile de fond les fenêtres donnant sur l'extérieur, emportant le regard encore plus loin. Le sentiment de sécurité et d'enveloppe que devrait normalement offrir une pièce raisonnablement contenante est totalement impossible dans un tel contexte.

Quand à fermer la porte, ce fut peine perdue, puisque cette petite salle était devenue le passage obligé pour aller se réfugier dans la salle TV au fond, miniature elle aussi. Même la porte vitrée entre ces deux salles demeurait ouverte, maintenue par une chaise. Contenance zéro et même pire!

Impossible de travailler sur le son, oscillant entre TV et passage de la machine à nettoyer les sols, trois fois par jour. Il restait donc à tenter d’arrêter un peu le regard pour que la salle puisse acquérir un début d'existence. J'ai donc proposé, comme second acte thérapeutique pour ce lieu, de réaliser une décoration sur les panneaux de bois, moches, bruns et bruts. Cette décoration avait pour intention, entre autre chose, de pouvoir attirer et donc arrêter le regard au milieu de toute ces transparences qui amenait la confusion des espaces. Une fois cette intention validée par l'équipe, un atelier de décoration a donc été proposé comme activité pour les patients, avec toujours le vague sentiment de les exploiter quelque peu...

Cet atelier a lieu dans la salle à manger, contiguë à cette petite salle, car il a bien fallu constater que ce tout petit espace ne pouvait pas convenir à une utopique salle d'ergothérapie...Nous nous installons donc dans la salle à manger, situation que je n'aurais pas pu imaginer il y a encore quelque temps, avant notre déménagement, habituée à avoir une salle d'ergothérapie dédiée, différenciée, distinguée du reste du service. La salle à manger, donc, un vaste espace avec tables rondes et un petit buffet, sans aucun matériel permettant de créer ou dessiner, devient le lieu de la créativité collective. Il est donc nécessaire d'amener le matériel et d'aménager la salle à cet effet.

Un travail d'ergothérapeute sans domicile fixe...




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