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Des modèles inter-disciplinaires


Du côté des modèles inter-disciplinaires qui sont issus de la psychologie, nous pouvons nous appuyer sur quelques concepts clefs de certains auteurs tel que Freud, Winnicott, Mélanie Klein, René Roussillon, D.Anzieu, René kaës, afin d'analyser et mieux comprendre les en-jeux d'une thérapie basée sur les jeux, sous un angle psycho-dynamique.



Du côté de Freud

Nous apprenons qu'il a regardé jouer son petit-fils avec une bobine et un fil, en chantonnant : « ooooo » et « da », qu’il a traduit en « fort-da », c’est-à-dire « parti » et « là ». Il a donné un sens profond à ce jeu en soulignant que la disparition et la réapparition de la bobine représentait le départ et le retour de la mère. Il a ainsi mis en évidence que comme les enfants vivent douloureusement cette séparation, ils la reproduisent symboliquement de façon répétitive. La joie de ces retours joués leur permet de supporter l’attente du retour réel. Voilà pourquoi les enfant aiment tous les jeux qui se répètent: jeu de cache-cache ou de « coucou», recommencés indéfiniment comme autant de manières d’apprivoiser l’absence. Grâce à cela, Freud a mis en évidence la compulsion de répétition, mais en différenciant la répétition mortifère de la répétition qui permet de maitriser et non pas de subir. Le simple jeu de son petit fils lui a donc permis de théoriser autour de la compulsion de répétition.
Nous pouvons nous appuyer sur d'autres parties de ses théories, pour analyser les situations de jeu.

  • La notion de pulsion va nous intéresser dans la mesure où, lors d'un jeu, les personnes peuvent se laisser aller plus facilement et être moins dans le contrôle que lors d'une conversation en face à face. Se prendre au jeu va libérer la dimension émotionnelle et pulsionnelle, qu'il conviendra alors de pouvoir repérer, voir parfois limiter et canaliser. (voir pulsion chez Freud).
  • Les théories autour de l'angoisse sont importantes pour nous aider à décoder si l'angoisse est liée à une perte de représentation ou à un conflit intra-psychique. En effet, si l'utilisation d'une activité ou d 'une médiation, permet de baisser le seuil de l'angoisse par une "simple" occupation, pour mettre en évidence l'effet thérapeutique, nous ne pouvons pas nous contenter d'un simple constat ni considérer que cela suffira à la personne pour transformer ce vécu d'angoisse. Sinon, il suffirait à chacun de trouver une occupation saine et plaisante pour que nul ne soit dans les hôpitaux...
  • Les notions  de projection et d'introjection vont aussi pouvoir nous aider, dans la mesure où ces processus sont à la base de toute thérapie, verbale ou médiatisée. Là encore, il est possible de se dire que tout cela se fait tout seul, hors du champ de conscience, et c'est bien ce qui se déroule la plupart du temps, mais pour justifier une position thérapeutique et pouvoir donner du sens à notre action de jouer, il est important de pouvoir repérer et nommer les processus qui se déroulent. c'est tout l'enjeu d'une distinction entre une occupation(qui peut être thérapeutique en soi) et une thérapie, qui nécessite, pou aider la personne à entrer en conscience de ses potentiels, de ses ressources, de ses mécanismes psychiques, que nous soyons nous-même au clair avec les processus qui se déploient. (voir mécanismes de défense chez Freud et projection introjection en ergothérapie).
Mais les points essentiels qui vont nous permettre de proposer un jeu thérapeutique sont ceux qui permettent de comprendre comment l'élaboration psychique s'élabore, qu'il s'agisse d'une élaboration des pulsions ou d'une élaboration des conflits intra-psychiques. Les concepts de représentations de choses, d'images et de mots, ceux de symbolisation primaire et secondaire nous conduisent à mieux comprendre les fonctions de symbolisation et la notion de mentalisation. Toutes ces notions autour de la fonction de symbolisation nous indiquent comment la dimension symbolique du jeu produit un effet de thérapie.Et les jeux sont une source inépuisable de symboles à vivre et à mettre en jeu.


Du côté de Winnicott

Ce n'est pas tant la fameuse transionnalité qui va nous intéresser, que sa vision particulière de la créativité, avec la notion d'objet trouvé-créé, sa distinction entre playing et games, ainsi que l'utilisation d'un outil particulier de thérapie: le squiggle.
(voir intérêt en ergothérapie )

  • Pour D.Winnicott, il existe une distinction entre « exister » et « vivre ». Il pense que chaque être devrait « créer » le monde dans lequel il vit. Pour lui, la créativité commande le rapport du sujet au monde interne et au monde externe. Il considère donc que la créativité est aux fondements même de l’organisation psychique. Pour lui jouer, exister, vivre créativement sont des expériences vitales et sont intriquées avec les expériences relationnelles précoces. Freud, lui, pense que la sublimation est un destin particulier de la vie pulsionnelle, une voie de transformation de la pulsion, faisant ainsi de la créativité une « simple » partie du fonctionnement psychique. Mais une partie qui est toute auréolée de la fascination pour les créateurs…
  • La conception de Winnicott de l’objet trouvé-créé, illustre parfaitement la fameuse formule que l’on prête à Picasso : « Je ne cherche pas, je trouve ! ». Pour permettre à l’enfant de trouver-créer le sein de la mère, il faut que l’accordage de la mère aux besoins du Moi du tout petit soit bon. Il nomme cela la préoccupation maternelle primaire. Cela permet donc le sentiment d’omnipotence de l’enfant, le sentiment qu’il a une action sur le monde. Ensuite, la mère pourra aider l’enfant à faire émerger son identité propre. Il faut bien savoir que l’enfant se voit comme il est vu, il se « crée » comme il est vu, senti, réfléchi par l’environnement maternant, il s’identifie à ce qui lui est reflété de lui-même.
  • Enfin, quelques phrases peuvent éclairer notre lanterne en ce qui concerne la distinction entre playing et games: : « Il ne faut jamais oublier que jouer est une thérapie en soi. Faire le nécessaire pour que les enfants soient capables de jouer, c’est une psychothérapie qui a une application immédiate et universelle ; elle comporte l’établissement d’une attitude sociale positive envers le jeu. Mais il faut admettre que le jeu est toujours à même de se muer en quelque chose d’effrayant. Et l’on peut tenir les jeux (games), avec ce qu’ils comportent d’organisé, comme une tentative de tenir à distance l’aspect effrayant du jeu (playing)». Winnicott 1975. il nous reste à adapter son travail aux adultes qui peuvent, eux-aussi, jouer et retrouver ainsi, si ce n'est leur âme d'enfant, au moins des capacités de créativité qu'ils ont pu expérimenter et perdre au fil de leur histoire.


Du côté de Mélanie Klein


C'est avant tout dans les cures d'enfants, que M. Klein fait intervenir le jeu comme activité réparatrice."Comment faire dire à l'enfant ce qu'il ne dit pas et le libérer de ses angoisses archaïques ? Comment l’aider à parler avec son propre langage et favoriser la construction du moi ? Mélanie Klein (1882- 1960) apporte des réponses tant sur le plan théorique que clinique à ce type de question. Psychanalyste anglaise d’origine autrichienne, « Cette tripière de Génie » comme le disait Lacan, est en fait la véritable pionnière de la psychanalyse des enfants". (voir article dans le site psychasoc )


Mélanie Klein va donc nous permettre d'avoir des pistes sur l’intérêt du jeu chez l'enfant, mais aussi chez l'adulte qui, lui aussi, est passé par les différentes étapes de la construction de ses objets internes. Mélanie Klein développe en effet, de manière approfondie la formation de l'objet interne, au cours de la première année de la vie. Lors de la tétée, l'enfant n'absorbe pas que du lait, mais tout un ensemble d'émotions, de sentiments, de sensations transmises par la personne maternante. C'est cet ensemble qui va se constituer en un objet interne. "L’enfant qui se trouvait à l’intérieur de la mère, dit-elle, place maintenant la mère à l’intérieur de lui" (1957). Il y a donc une intériorisation des relations extérieures, qui deviennent des relations entre des éléments psychiques internes. C'est la notion d'introjection. La mère, bon objet externe, va permettre à l'enfant, par un jeu d'expériences d'intégrer en lui un bon objet interne (imagos maternelle, puis parentales).


Selon M.Klein, le monde interne du bébé au cours des douze premiers mois se constituerait en deux temps: la position paranoïde-schizoïde dans laquelle la projection est plus prégnante et la position dépressive, durant laquelle l'introjection semble plus présente. (voir théorie de M.Klein). Pour elle, la réalité extérieure et la réalité interne ou psychique sont en constante interrelation, et les expériences de séparation ou de perte avec les objets réels influencent les expériences psychiques, mais toujours de manière indirecte, à travers les relations fantasmatiques avec les objets internes. Mélanie Klein nous explique ainsi que, par les mécanismes du déplacement, de la condensation et de la figurabilité, le jeu transforme l'angoisse en plaisir et aide l'enfant à surmonter les phases schizo-paranoïde  et dépressive.L'utilisation des jeux autant pour les enfants que les adultes, va donc permettre de revivre des situations de projection et d'introjection, mais surtout des situations permettant d'éprouver les ressources et capacités réparatrices de soi-même et du groupe.




Du côté de René Roussillon


Le concept de médium malléable a été développé par Marion Milner et repris par René Roussillon, à partir des concepts d’environnement suffisamment bon. René Roussillon a approfondi ce concept, dans le sens de la nécessité d’un environnement médium malléable afin d’aider à la création ou au développement de l’appareil psychique de l’enfant, pour qu’il puisse se construire un dedans et un dehors, pouvoir apprendre à patienter, à décaler, à se différencier de l’autre, à se représenter les choses, à pouvoir accéder à la symbolisation et l’activité représentative.


Selon René Roussillon le médium malléable doit posséder les qualités suivantes:


  • Avoir une disponibilité inconditionnelle.
  • Être prévisible et constant.
  • Être transformable et adaptable.
  • Être sensible et réceptif.
  • Suffisamment non destructible. Ce dernier point est important car l’environnement doit pouvoir survivre aux attaques.


René Roussillon, dans un article sur « Le jeu et le potentiel » se pose la question du sens du jeu. Il se demande si le jeu est le simple comportement ludique visible ou si ce mot de jeu pourrait désigner un certain type de fonctionnement psychique. Ce questionnement nous conduit donc à différencier le jeu formel et le jeu pris comme la métaphore d’une capacité de travail psychique, permettant de faire jouer au dehors les éléments psychiques qui se trouvent au-dedans. Cette conception du jeu comme modèle du travail psychique, nous permet ainsi de penser que l’utilisation de certains types de jeu, va permettre aux personnes de remettre en jeu et en scène, des éléments intra-psychiques.


Il propose de regarder les jeux sous plusieurs angles:


  • Le jeu intrasubjectif, c’est-à-dire le jeu avec les représentations psychiques, face à soi-même, comme le rêve
  • Le jeu auto-subjectif, c’est-à-dire un jeu seul mais en présence d’un autre qui se contente d’une adresse muette
  • Le jeu intersubjectif, c’est-à-dire un jeu en présence de l’autre et qui nécessite l’interaction d’un autre objet pour soutenir la découverte

R. Roussillon, dans le « Manuel de médiations thérapeutiques », évoque cette notion d’un médium malléable nécessaire en thérapie, tant sur le plan de la médiation dans son sens le plus concret et matériel, que sur le plan humain. Cette notion de malléabilité nécessite pour lui de s’appliquer au thérapeute qui doit être dans « un accompagnement (en) s’ajustant en permanence au besoin du développement de l’illusion » et ainsi « il doit rendre une partie de lui-même plastique et transformable en fonction du processus transférentiel auquel il est soumis ». Pour pouvoir proposer un jeu thérapeutique, il faut donc pouvoir proposer un médium et un-e thérapeute malléable, un environnement malléable et garder à l'esprit que le jeu est une métaphore d’une capacité de travail psychique.

(voir Apports de R. Roussillon)




Du côté de D.Anzieu


Ce psychanalyste a mis en évidence le fonctionnement analogique de la peau et du moi. Il en a fait une construction personnelle et a développé la notion de moi-peau. Cette notion met en évidence l’existence de 8 fonctions fondamentales, toutes étayées sur le fonctionnement de la peau mais entendues ensuite dans une dimension métaphorique. Ces 8 fonctions sont les suivantes: Maintenance du psychisme, contenance, pare-excitation, individuation du soi,inter-sensorialité, soutien de l’excitation sexuelle, recharge libidinale du fonctionnement psychique, inscription psychique des traces sensorielles. (voir apports de D.Anzieu pour plus de développement et bibliographie de cet auteur). 


D.Anzieu a également développé la notion d'enveloppe psychique. Cette dernière détermine un espace intérieur et peut être comparée, de façon analogique, à la peau du psychisme. Elle est comme un contenant de tout ce qui se passe au-dedans de soi. Elle peut être solide, perméable, inefficace, trouée, excessive comme une forteresse. C’est la capacité de l’être humain à se concevoir comme une entité vivante, capable de pensée, de réflexion, et d’intimité, capable de contenir en soi, des sentiments, des émotions, de différer des désirs tout en les gardant vivants. Cette enveloppe psychique est garante de l'existence d'un espace intérieur.


Cette enveloppe présente 2 interfaces:

  • le moi-peau face extérieure (dans sa dimension extéroceptive avec son rôle de contenance, maintenance, pare-excitation, protection et différenciation)
  • Le moi-peau, face intérieure (dans sa dimension liée à l’imaginaire et favorisant l’inscription des traces psychiques)

La peau physiologique, la limite du corps, devient, de façon analogique, l’expression d’un contenant psychique possible. Mais la dimension du contenant psychique n’est pas pour D.Anzieu un contenant seulement statique, il a surtout mis en évidence une fonction dynamique qui est la fonction contenante, reliant ces deux interfaces.


Ces concepts de moi-peau et d'enveloppe psychique vont avoir un intérêt lors de l'utilisation des jeux pour analyser plus facilement ce qui peut se passer en termes de contenance personnelle, mais aussi groupale. D. Anzieu et J-Y. Martin mettent en évidence les processus inhérents à une dynamique de groupe. Ils remarquent, en particulier que, parfois « les individus demandent au groupe une réalisation imaginaire de leurs désirs refoulés » (la dynamique des groupes restreints)

Nous pouvons noter que les principales expériences proposées lors d’une dynamique de groupe sont:

  • Vécus « positifs » de narcissisme groupal, d’étayage par le groupe, d’illusion groupale, de fusion océanique et de contenance groupale
  • Vécus « négatifs » d’angoisse de morcellement, de vécus persécutifs par l’extérieur, de fantasme de casse, de confusion avec l’autre


Du coté de R. Kaes

Il est possible de se référer aux écrits de R. Kaës pour analyser ce qui se passe dans un groupe et dans un temps de jeu groupal. R. Kaës (2000) postule que les instances psychiques personnelles que sont le çà, le moi et le surmoi, peuvent trouver une voie d’expression dans la situation groupale, lors de la création d’un appareil psychique groupal, à condition que le groupe expérimente suffisamment de situations communes, créatives ou ludiques. Il évoque ainsi, une « capacité du groupe à gérer l’angoisse des membres du groupe et à proposer des issues à la réalisation de leurs désirs et de leurs défenses ». C'est ainsi que dans les jeux de coopération, lutter tous ensemble contre un volcan ou un dragon, chercher qui est le coupable d'un meurtre (jeu mystérium), c'est la situation groupale qui va permettre aux personnes de déployer plus facilement une énergie soutenue par le groupe.

R. Kaës nous dit que « la perspective Winnicottienne de l’espace transitionnel ouvre un champ fécond » pour analyser ce qui se passe dans les groupes. Il postule que « l’espace groupal est un espace intermédiaire qui reproduit les possibilités créatives de l’espace transitionnel ». Ces considérations nous aident à comprendre l'importance et l’intérêt des jeux en groupe. L’intégration de la dimension du prendre soin « suppose que chacun trouve en l’autre et dans le groupe une relation équivalente à celle de la mère suffisamment bonne ». L’expérience de créativité groupale et la présence thérapeutique peuvent proposer des expériences de ce type.



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