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Etre ou ne pas être ergo?

Etre ou ne pas être ergo? Zoom sur Etre ou ne pas être ergo?

LA question identitaire



« Je ne suis pas ergothérapeute ». L’un des participants, à l’origine de toute cette affaire, annonce d’emblée, sous forme d’une boutade mi-provocante, mi-sérieuse, qu’il ne se sent plus du tout ergothérapeute. Voilà une affirmation qui finalement n'étonne personne car la définition même de l'être ergothérapeute semble demeurer dans une sorte de flou artistique permettant toutes les projections personnelles possibles...Et pourtant l'OMS en donne une définition qui semble suffisamment large et claire, mais qui visiblement ne réduit pas nos affres identitaires.


Ces tourments identitaires semblent s’atténuer avec la maturité, certains « anciens » déclarant qu’ils ne se préoccupent plus de savoir ce qu’ils sont ou pas. Il n’empêche que notre sentiment d’identité professionnelle semble bien souvent précaire.
J'ai été très étonnée et touchée du nombre de personnes réagissant à notre article lors de sa relecture par des membres du forum de l'ANFE. Toute une rafale de messages a saturé ma boite Mail rapidement. Ce besoin de définition, de cap, d'orientation semble traverser bon nombre d'entre nous. Rassurant de savoir que nous ne sommes pas seuls à nous interroger, enthousiasmant de se dire que notre jeune profession commence à mieux définir ses contours et surtout à tenter de dépasser un clivage entre fonctionnel et psychiatrie encore parfois très tenace.


Nous tombons d'accord que pouvons nous définir comme des spécialistes de l’activité thérapeutique. Cette notion d’activité thérapeutique nous propulse dans le constat que nous avons tous des approches différentes suivant nos histoires, suivant les institutions où nous sommes, suivant les emprunts que nous avons pu faire à d’autres professions. Il n'y a qu'à faire un tout petit sondage parmi nous pour voir émerger toute cette palette de possibles: L’un des participants propose de l’escalade et un travail d’expression en vidéo, un autre parle d’un « mixte entre ergothérapie et art-thérapie », un autre encore est créateur d’un outil thérapeutique ludique, une des participantes a dérivé vers l’utilisation du travail corporel et l’une des « petites dernières » vient juste de poser les pieds sur le continent de la remédiation cognitive.

Force est de constater que nous ne pourrons pas définir plus avant, le c½ur de l'être ergothérapeute et l'image d'un caméléon est très présente dans ma tête. Certains(es) ergothérapeutes demeurent attachés à la notion de matériaux concrets. Les objets peuvent être témoins d’une action dans la matière et sur le réel, des creusets de transformation de soi, des miroirs concrets de projection ou des sources de sentiments de valorisation. Certains se retrouvent dans des actions permettant l’expression de soi de façon libre, tandis que d’autres auront besoin de s’appuyer sur des modèles et de transmettre ainsi la capacité à s’intégrer dans le modèle social. D’autres sont plus sensibles aux voies des cognitions et de la fameuse réhabilitation. Notre polyvalence fait notre richesse, mais trace aussi des lignes de faiblesse. La conceptualisation de notre métier pourra sans doute, nous donner une structure interne plus lisible. Cette conceptualisation est déjà perceptible dans plusieurs domaines : l’écriture de livres collectifs de référence, l’émergence de modèles conceptuels dits appliqués, la récente ré-ingéniérie de notre métier, l’évolution universitaire de l’enseignement.


La différence avec les autres


Etre ou ne pas être ergothérapeute…Cette question de notre identité d'ergothérapeute et de la définition de l'ergothérapie,  semble donc un incontournable de notre métier. Chacun se la pose à un moment donné de sa carrière, en particulier lorsqu’il emprunte la voie d’une médiation thérapeutique peu développée ou déjà utilisée par d’autres corps de métiers. Ces glissements sont actuellement, mieux repérés et ciblés par les centres de formation qui invitent les professionnels à bien distinguer, pour les élèves, ce qui est du c½ur de notre métier, ce qui relèvent des glissements de taches, ce qui vient les acquis de compétences nouvelles ou encore ce qui entre dans le cadre des compétences transversales ou partagées. Un vrai casse-tête parfois, dans la définition de qui fait quoi, casse tête rendu encore plus complexe par les habitudes de travail des différentes institutions et les choix de répartition des médiations thérapeutiques. Nous pouvons donc , parfois, aller semer des graines dans les plates bandes des voisins, mais l'inverse est vrai aussi et nous retrouvons parfois, avec plus ou moins de plaisir, des plantations sauvages qui poussent dans nos plates bandes...Une histoire de petites graines sans doute.

Une autre question plane aussi dans notre réunion: « Au bout d’un certain temps de travail, sommes-nous encore ergothérapeutes ou pas ? ». Un peu comme si notre identité était soluble dans les institutions, suivant le fait que nous soyons susceptibles de co-animer ou pas, avec d’autres professionnels. Selon les expériences, nous pouvons relever des gommages des différences de rôles, des complémentarités mais surtout le sentiment que la continuité des cadres des activités est souvent assurée par les ergothérapeutes. Quelque chose d'une capacité à penser, organiser des cadres et des espaces permettant à la personne de grandir, d'évoluer et de s’autonomiser qui fleure bon le "care" de Winnicott. 


Faire de l'ergothérapie

Il y a l'être ergo ou pas, mais il y a aussi le "faire" de l'ergothérapie. Et à ce sujet, une dernière question nous taraude encore, en termes cette fois de légitimité des compétences pour faire de l'ergothérapie.  Dans certaines institutions, des lieux d’activités thérapeutiques continuent d’être dénommés ergothérapie, même avec la présence de peu d’ergothérapeutes diplômés, voire pas du tout. Il nous semble donc très important de bien définir qui nous sommes, mais aussi de ne pas laisser utiliser le terme d'ergothérapie à tous vents. Nous pouvons co-animer des activités à médiation, mais nous ne faisons pas de l'ergothérapie avec d'autres soignants. La nuance n'est pas mince. L'utilisation d'un terme plus vague, tels qu'activités thérapeutiques peut résoudre parfois bien des conflits, en reposant le fait que tout le monde peut pratiquer des activités thérapeutiques à médiation, à condition d'y être formé. Et il nous reste alors à nous, ergothérapeutes, à y participer, avec nos spécificités.





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