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Habiter l'espace

La dimension spatiale va permettre à la personne d'expérimenter son rapport à l'espace externe comme métaphore de son espace intérieur. Les notions de contenance, de sécurité, de fusion et de-fusion, d’espace personnel et groupal sont donc à interroger.



Le contenant spatial
La salle en elle-même, est un dispositif signifiant et thérapeutique. Elle favorise le sentiment de sécurité, des découvertes autonomes (fiches, objets, livres, cassettes) et symbolise la séparation possible entre un dedans et un dehors. La salle est petite, protégée des bruits et de la lumière extérieure par un rideau de couleur chaude et permet une installation confortable avec des couvertures et des coussins. Il est fréquent d’entendre dire que " l’on se prépare à dormir "…. Le cadre spatial induit donc, en lui-même et avant toute intervention thérapeutique active, tout un potentiel de fantasmes et de projections, d’émergences de souvenirs et de vécus personnels, dont il conviendra de tenir compte.

Lors du second temps de relaxation musicale, l'espace est donc volontairement clôt, devant les patients (téléphone débranché et porte fermée à clef). Cet acte est clairement exprimé et, parfois même mis en mot, comme une nécessaire mise à distance de l'extérieur pour entrer dans une intériorité protégée. Les temps de relaxation profonde nécessitent cette dimension de protection pour pouvoir être vécus en toute sécurité. Cette métaphore de la nécessité et de la possibilité de se constituer un espace intérieur bien différencié et protégé, permet aux patients de vivre ce sentiment de sécurité et, peut-être, d'intégrer progressivement cet élément en eux.Toutefois, Il faut garder en mémoire cet aspect artificiel créé par le cadre, car cela incline les patients à penser que l'extérieur est mauvais et le dedans bon. Toute réaction du patient aux bruits extérieurs, aux tentatives d'intrusion doit donc être entendue dans ce cadre précis, posé par la thérapeute.




Trouver sa place
La place de chacun, dans ce cadre spatial est importante à remarquer. Certains patients sont toujours à la même place, d'autres au centre, au fond ou devant, certains se placent très près de la thérapeute ou entre elle et les autres patients, empêchant la relation par le regard avec les autres patients.

Diverses installations ont été expérimentées pour aboutir à celle utilisée actuellement. Ainsi, l'installation en cercle invitaient les participants à être ensemble dans la séance, dans un sentiment d'être reliés entre eux par une figure, métaphore d'une sorte de totalité fermée et close. Cette dimension inclinait à la non différenciation entre thérapeute et patient, ce qui angoissait certaines personnes, se demandant où était la thérapeute lorsqu'ils étaient nouveaux et supportant mal la mouvance possible de la position de la thérapeute dans le cercle. De plus cette "inclusion" dans une figure en cercle indisposaient certaines personnes qui ne pouvaient pas se distinguer, se mettre à part, se positionner comme ils le souhaitaient.

La disposition qui semble convenir le mieux aux patients et à la thérapeute est le face à face. C'est cette disposition qui est le plus souvent spontanément adoptée. Un face à face qui n'est pas sans rappeler une dimension de professeur et d'élèves, un face à face qui rassure mais qui renvoie aussi à la problématique du miroir et peut poser problème pour les personnes psychotiques. Il est important de bien garder en mémoire cette dimension en miroir pour en limiter les effets dans certaines situations. Ainsi, il est possible de pratiquer les auto-massages allongés, pour favoriser la simple écoute des consignes et non pas la seule imitation visuelle.

Cette disposition permet à chaque personne de décider de l'endroit de la salle où elle va se poser, s'installer. Cette place sera parfois fixe, parfois mouvante. Il est à remarquer si elle dépend ou pas d'une autre personne, si elle est reconnue par les autres, etc….En fin de séance, le matériel est alors remis en place et seule la place de la thérapeute demeure indiquée par les couvertures posées à côté de la chaîne installée en fond de salle, comme une façon d'indiquer sa place de façon rituelle et rassurante.

Actuellement, la taille de la salle s’étant réduite, la disposition a dû changer. Les patients sont face à face, entre eux, deux à 3 personnes se situent ainsi de chaque côté de la salle. L’ergothérapeute, elle, se situe face au groupe, près de la chaine et de la porte de sortie, garante de non intrusion dans la salle. Il est intéressant de remarquer que les patients, lors de certains exercices, reprennent le face à face avec l’ergothérapeute, même si leurs tapis sont dans l’autre sens pour des raisons de place et de taille de la salle… L’importance de la notion d’espace s’est clairement fait sentir.



L'espace personnel et l’espace groupal
L'installation est tout à la fois source de différenciation et d'intégration groupale. En effet, le matériel permettant de s'installer est mis en commun au départ, tel un pôle collectif à partager. Quelque chose de l'ordre du maternel est à l'œuvre, au sens du cocon régressif, enveloppant et au sens du groupal.

Les couvertures et coussins, qui ne sont pas sans rappeler l'espace très intime du lit et du coucher, sont proposés là comme une possibilité de se les approprier. Les personnes relaxantes qui connaissent le rituel commencent à s'installer. Au-delà même des paroles, la personne nouvelle se met à " faire comme eux ". Certains demandent verbalement ou du regard l'aide de la thérapeute, mais ils sont rares. D'emblée, ils entrent dans une position d'identification aux " anciens et anciennes ". C'est le faire comme, l'être pareil aux autres, ce qui peut poser problème aux personnes psychotiques ou tout au contraire leur redonner une sentiment d'appartenance au groupe.

Chacun et chacune ensuite, peut alors personnaliser son espace. Les coussins sont volontairement variés, les tapis aussi. Le nombre de couvertures utilisées peut varier, pour mettre au dessus ou en dessous de soi. C'est la capacité de chacun et chacune à créer son espace personnel, sa bulle, plus ou moins éloignée de celle des autres personnes. Cet espace physique sera prolongé ensuite par la capacité à faire exister et à protéger son espace intérieur psychique.

Cette notion d’espace personnel et groupal a été aussi modifiée par l’étroitesse de la nouvelle salle. Les patients ont donc moins de choix pour se positionner et sont dans une proximité plus grandes, à la fois entre eux et avec l’ergothérapeute. Cela bouleverse donc , potentiellement, les notions de fusion/ confusion, les sentiments d’intrusion ou au contraire les notions de confiance, holding et empathie peuvent s’en trouver renforcer, tout cela suivant les personnes impliquées.



L’espace imaginaire
Il est fréquent d'entendre les patients exprimer qu'ils ne savent pas très bien "où ils étaient" durant le temps de relaxation passive et musicale. Certains se perçoivent dans des flottements, dans le sommeil, dans des idées ou images vagues, l'inconscient où le sub-conscient, une sorte d'ailleurs vague que certains préfèrent ostensiblement à la réalité dont ils s'extraient avec soulagement. Chacun sait quelque part qu'il est dans la salle de détente corporelle, et pourtant, certains vivent cet ailleurs avec une grande acuité. Il y a des ailleurs agréables et d'autres non. Ce sentiment de perte de conscience de l'ici et maintenant peut se nouer avec un sentiment de perte de limites corporelles, (corps plus grand, plus large), avec un sentiment de modification des perceptions, (corps plus léger ou plus lourd), avec un sentiment de dilution océanique ou morcelant. Il est donc très important de noter comment cette perte de repères est vécue. Entre fuite de la réalité et sentiment de morcellement, vécu également par des personnes non psychotiques, tout un panel de vécus personnels se déclinent.

En fin de séance, revenir là, dans le présent, dans les sensations corporelles, la présence à soi et à l'autre est fondamentale pour ne pas se diluer dans un ailleurs illusoire ou inquiétant, paradisiaque ou morbide. Revenir à soi, à sa respiration, à son image intérieure, sa couleur où quoique ce soit qui permet à la conscience de s'enraciner, sont autant de voies qui vont redonner corps et conscience de soi à la personne. C'est comme revenir à son point de départ, mais en comparant les différences de ressentis, en écoutant l'influence qu'à pu exercer cette image ou cette couleur, la musique ou la respiration, la position allongée, la voix de la thérapeute, etc.....Ce temps d'écoute de soi-même permet de se penser en continuité, de revenir là d'où l'on était parti.

Une autre dimension de l'espace imaginaire se situe dans l'utilisation volontaire de la capacité de rêverie éveillée. Il s'agit alors, de s'imaginer soi-même dans un espace où tout est possible, où tous les mouvements peuvent se faire, les métamorphoses, les transformations. En rêve éveillé de Desoilles; certains auteurs insistent sur le fait que s'imaginer soi-même, son corps propre en mouvement, en train d'agir, permet de mettre en mouvement les capacités intérieures de changement psychique, de la même façon qu'imaginer simplement un mouvement, va mettre en éveil les zones cérébrales qui seraient utilisée lors d'une véritable contraction musculaire.






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