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Les fougères de Matisse

Les fougères de Matisse Zoom sur Les fougères de Matisse


Pour la décoration des panneaux de bois très moches, un fil conducteur a été recherché du côté des artistes. Ce sont les fougères de Matisse qui sont venues s'inscrire sur les carrés de papier préalablement découpés. Se relier ainsi à un modèle issu du domaine du culturel, va permettre d'inscrire les carrés décoratifs, dans un univers relié à l'art.


Des photos de quelques œuvres de Matisse ont été mises à disposition des patients, pour qu'ils puissent relier les carrés de papiers aux collages de Matisse. Un système de pochoirs, en plein et en creux, a été proposé. Les formes ont été dessinées par l'ergothérapeute, aucun patient ne souhaitant tenter de dessiner la forme des fougères choisie.



Les patients volontaires, parfois par défaut "puisqu'il n'y a pas d'autre chose à faire" comme le constate l'un d'entre eux, participent à ce temps de mise en forme. La proposition est faite au groupe, de choisir la gamme des couleurs qui sera utilisée, en harmonie avec le service. La discussion se révèle rapidement intéressante, sur les goûts et les couleurs de chacun. la démocratie retrouve le chemin du vote et des couleurs chaudes, brunes, ocres, jaunes et bleues sont retenues.

Certaines fougères sont en creux, avec une enveloppe colorée de craies grasses qui semble s'étaler tout autour de la forme en carton posée. Tandis que d'autres sont en plein, colorées à l'intérieur du pochoir. Certains patients semblent un peu perplexes entre ces jeux de formes et contre formes. Visiblement le dedans et dehors ne sont pas suffisamment distingués pour être bien identifiés. Néanmoins, la création collective se poursuit et aboutit à 4 carrés décoratifs.

L’intérêt du travail en craies grasses est de permettre d’absorber les éventuels dérapages, manques ou imprécisions, par une possibilité d'étalement et de fusion des couleurs. L'inconvénient est que cette fusion des couleurs ne favorise pas une distinction claire et délimitée des limites. L'esthétique risque alors de venir s'inscrire au détriment de la délimitation nécessaire à ces patients, psychotiques pour la plupart. Comme pour lutter contre cet étalement, une personne propose alors, d'installer un cadre autour des carrés. Les cadres sont aussi en craies grasses et bien loin d'être réguliers, mais au moins, ils font l'unanimité et semblent permettent de contre balancer le flou de l'étalement des couleurs.

Les carrés, une fois achevés, sont mis en place sur les panneaux de bois à l'aide de double face. Un patient souligne le fait que cela colle des deux côtés et constate qu'il est bien difficile de ne pas se coller les doigts. L'installation des carrés décoratifs se déroule alors, émaillée de discussions, oscillant entre la difficulté de coller ou de décoller et le souci portant sur la solidité, ou la fragilité, de cette décoration. Une personne souligne que c'est du papier, que c'est fragile et que cela risque d'être déchiré. De nombreuses remarques fusent: "Est-ce que ça va tenir?", 'Je suis sûre que N va nous arracher tout cela...", "Du double face, ça ne va pas suffire...", "C'est quoi du double face?" Le double résonne quelque part.

Ce questionnement autour de la solidité, cette crainte du devenir des fougères, me semble faire écho aux sentiments de fragilité des personnes qui se soucient de cela. En tout cas, il est à remarquer que les 4 carrés n'ont pas été attaqués depuis leur création, et ce, depuis quelques semaines déjà.

Donc, ça tient...



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