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Posture et maintenance

L'une des fonctions du moi peau développée par D.Anzieu est la fonction de maintenance du psychisme. (Voir le moi peau et ses 8 fonctions dans le modèle conceptuel de D.Anzieu)

Cette fonction est liée à ce que Winnicott a nommé le holding, la façon dont la mère porte l'enfant, la façon dont elle soutient le corps du bébé. La fonction psychique de maintenance se développe en intériorisant cette façon de porter. La pulsion agrippement du bébé entre en jeu et c'est le holding de la mère qui va ou non sécuriser l'enfant. Cet appui maternel extérieur, avant même que l'enfant puisse se redresser par lui-même est garant de la possibilité d'intérioriser un sentiment d'unité et de solidité. Ce sentiment permet de constituer un premier axe, de l'ordre de la verticalité, de la lutte contre la pesanteur, axe contre lequel peut s'appuyer l'enfant. Tout comme l'enfant prend appui sur sa colonne vertébrale, il intériorise en lui, une colonne vertébrale psychique.


Il est intéressant de noter que, dans de nombreuses thérapie, il est souvent question de prise en charge, au risque, pour les thérapeutes d'en avoir rapidement plein le dos ou plein les bras..... Ce mot de prise en charge n'est pas sans évoquer ce holding de Winnicott. Comment, dès lors, proposer un holding métaphorique et non pas une prise en charge, (qualifiée souvent de lourde mot qui en dit long), au premier degré? Dans l'intention d'étayer la fonction de maintenance psychique, le travail sur la conscience de l'axe vertical, des appuis et de la présence de l'os sont développés dans l'atelier de détente corporelle.

En automassages, c'est le travail assis et en gymnastique douce, le travail debout, qui concourent à cette conscience de l'axe vertical. Toutefois, il est à remarquer que, justement, la plupart des personnes hospitalisées, ne tiennent plus debout. Fatigue et apragmatisme du dépressif, repli sur soi des personnes psychotiques réfugiées dans leur lit, enveloppements rassurants des couvertures pour de nombreuses personnes, passivité devant la télévision, etc...Il est donc difficile de leur proposer directement un travail sur leur sentiment de verticalité et sur leurs appuis. En témoigne le peu de personnes qui participent à la gymnastique douce, reprenant le même rituel qu'en détente corporelle mais debout, alors que l'atelier de détente est très fréquenté et investi.



Les racines corporelles

Sur quoi s’appuie-t-on? Notre bassin, nos pieds sont les principaux acteurs de ce sentiment d'appui, ainsi que notre dos et colonne vertébrale. Ces appuis sont concrets et réels, mais n'en sont pas moins les échos d'autres appuis plus archaïques, plus ou moins bien intégrés. Ils s'offrent comme des métaphores concrètes de cette maintenance psychique, à condition de pouvoir les relier dans une globalité corporelle et non pas de les vivre en tant qu'entités détachées.

De très nombreux exercices dans toutes les thérapies corporelles cherchent à affiner et développer la conscience des pieds, racines du corps. De nombreuses petites phrases témoignent de cet intérêt d'avoir les pieds sur terre ou bien dans ses chaussures. Les massages, jeux d'appui d'un pied sur l'autre, exercices d'équilibre divers, etc;...sont autant de possibilité d'expérimenter notre façon de nous appuyer sur le sol, de nous engager dans la marche, de nous sentir reliés, posés, enracinés. Tout ce travail va dans le sens d'un étayage de cette fonction de maintenance du psychisme pour permettre de se sentir debout et que "çà tienne".

Il est toujours étonnant de regarder la façon dont les personnes se tiennent debout: bien dans leurs deux pieds, penchées d'un côté, sur la pointe des pieds, penchées en arrière comme retenues par un fil invisible, penchées en avant comme pour courir après leur centre de gravité, en équilibre ou en déséquilibre constant. La façon d'entrer en contact avec la terre en dit long aussi, entre ceux qui l'effleurent, ne la sentent pas, tapent dessus, s'y appuient lourdement, y gardent les pieds englués, etc....Au-delà des interprétations tentantes du sens que cela peut indiquer, le travail de conscience de cette zone est un chemin possible vers une meilleure perception de soi et du monde.



Le bassin


Au niveau de la zone du bassin toutes les techniques corporelles s'accordent à indiquer son importance, qu'elle soit dénommée comme la zone où se trouve notre centre de gravité, un centre énergétique, un second cerveau dans le ventre, une zone de respiration basse, zone nombrilaire, centre de soi, zone de libido, etc...Chacun y projette, selon sa culture et ses fantasmes, différentes significations, différentes valeurs. C'est sur cette zone que s'appuie et s'enracine notre colonne vertébrale. Lui redonner de l'importance, la rendre plus consciente, sont des pistes à explorer. La conscience des différents niveaux, peau, muscle et os permet d'aider la personne à différencier des sensations, le plus souvent vagues et globales.

Le travail du bassin peut se proposer debout, avec des mouvements en cercle, en huit, des techniques de concentration d'énergie (chinoises) par contraction progressive des différents muscles pour mieux les situer et les différencier, par auto-massage pour distinguer la présence de la solidité osseuse de l'enveloppe de peau ou du niveau musculaire. Ce travail peut se pratiquer également assis, pour une meilleure conscience des appuis au niveau des ischions, une oscillation d'un côté à l'autre, des jeux de bascule conscient du bassin d'avant en arrière, etc....

Mais ce travail peut aussi se prolonger en position allongée lorsqu'il s'avère trop difficile pour les personnes de tenir assis durant un moment. L'attention sera alors portée sur la conscience de l'os, sa solidité, son enracinement et son contact avec le sol. Les mouvements de bascule seront retrouvés, les auto-massages pratiqués avec les mains mais aussi par contact, frottement des lombaires sur le sol. Ainsi le sentiment d'appui possible sur cette zone du bassin peut-il tout de même être exploré en position allongée et renforcé par une meilleure conscience.

La zone du bassin est donc travaillée mais doit être également resituée comme faisant partie intégrante de notre dos et comme racine de notre colonne vertébrale. Les positions corporelles des patients en disent tout aussi long sur leur façon se tenir au monde: effondré, ayant ou non besoin d'un appui, dans un contrôle raide et figé, dans une souplesse molle, etc....Là encore, il ne s'agit pas tant de décrypter le sens de cette position que d'y être attentif pour permettre à la personne elle-même, d'écouter sa façon de se positionner, de se tenir dans l'axe de la verticale qui fait de nous des êtres redressés, érigés, présents et ouverts à l'extérieur.



La colonne vertébrale


La colonne vertébrale est ainsi travaillée dans des exercices debout, assis ou allongé, mélange de gymnastique douce, d'auto-massage et d'étirements. Oscillant entre conscience de sa présence et de sa solidité, conscience de ses mouvements et de sa fluidité (ou raideur!), les exercices visent à la fois à une meilleure conscience pour entendre et à une action possible pour changer. Entre constat et volonté peuvent se glisser de nombreuses possibilités d'expérimentations et de découvertes. Un travail de conscience de l'axe profond du corps nécessite une position debout qui reste souvent difficile aux personnes dépressives et clinophiles et demande des adaptations.

Le travail du dos est donc plutôt exploré, le plus souvent en position allongée, en tant que conscience et renforcement de cette zone d'appui. La conscience des différentes zones d'appui du dos sur le sol et de leur modification entre un avant et un après, ouvre une voie de travail intéressante. L'épaule s'appuie sur l'omoplate, la hanche s'appuie sur le bassin et il est possible d'explorer cela en auto-massages, en contact avec le sol, en mouvement.

Tout ce renforcement des zones du dos s'avère fondamentale pour les personnes en mal de sentiment de solidité physique et psychique. Se frotter le dos pour avoir une information sur cette zone non soumise au contrôle visuel, et cela dans une situation de sécurité, permet d'amorcer un étayage de ces zones souvent vécues comme fragiles, non visible à soi-même, mais visible à autrui.
Le véritable travail de conscience de l'axe du corps demeure souvent une simple amorce et nécessiterait un travail à beaucoup plus long terme.








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