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Métaphore de l'espace personnel

Métaphore de l'espace personnel Zoom sur Métaphore de l'espace personnel


Un cadre a des fonctions thérapeutiques s'il est pensé et préparé dans ce sens, avant même la présence du patient. Qu'il s’agisse de thérapies individuelles ou groupales le cadre va s'inscrire comme le lieu où la ou les personnes vont pouvoir éprouver un sentiment d'existence et de sécurité personnelle ou groupale, tout d'abord externes et qui pourra s'intégrer en sentiment d’existence et de sécurité internes.

Comment un cadre thérapeutique, au sens de l'espace de la salle, mais aussi dans toutes ses modalités, va t'il permettre à un ou des patients d'éprouver l'expérience d'un sentiment d'existence et de sécurité?




En hypnose Ericksonienne, un travail central est proposé au début des séances, qui se nomme "la safe place" ou le lieu sûr. Ce travail consiste à aider la personne à trouver un lieu imaginaire où elle se sent en sécurité. Diverses pistes sont possibles : Proposer à quelqu'un de se sentir en sécurité en lui-même, de se sentir chez soi, d'explorer son espace corporel et psychique interne au sens d'un paysage corporel intime et protégé... Ces propositions vont soutenir le sentiment d'existence (au sens d'un espace psychique ancré dans le corps) et un sentiment de sécurité interne. Ces deux sentiments sont intimement liés. Il nous faut avoir un sentiment d'existence personnelle et différencié, pour pouvoir y ressentir un sentiment de sécurité. En hypnose, la métaphore de l'espace psychique personnel est donc  le lieu sûr, qui propose d'y relier un sentiment de sécurité. Cette notion de lieu sûr peut commencer à nous éclairer sur l'effet du cadre thérapeutique sur l'espace interne de la personne.

Le sentiment de sécurité personnel interne s'appuie sur notre construction psychique personnelle et en particulier sur le sentiment d'avoir une enveloppe psychique personnelle et distinguée de celle de l'autre. Elle est le fruit de notre histoire, de la façon dont nous avons été pensé par nos parent avant même notre naissance, portés par notre mère et inscrits dans le registre de la Loi par notre père. Tous ces éléments qui favorisent, ou entravent, le développement identitaire de l'enfant, au sens de la constitution d'un sentiment d'existence différencié et sécuritaire, est largement développé par les psychanalystes. L'un d'entre eux, D.Anzieu développe le concept de moi peau, métaphore de l'enveloppe corporelle qui va permettre ensuite l'installation d'une enveloppe psychique.

Nous allons donc, dans cet article, faire du lien entre les concepts de D.Anzieu et la salle d’ergothérapie qui va s'inscrire comme une métaphore potentielle de l'espace personnel du patient. Notre travail consistera donc, d'une part à proposer des expériences contenantes qui pourront étayer la fonction psychique des personnes plus particulièrement psychotiques, et d'autre part, d'assurer une confidentialité, tant du côté spatial de la salle que de notre capacité à protéger l'espace de thérapie, pour étayer le sentiment de sécurité. C'est à partir de toutes ces expériences, fournies par le cadre et d'autres moyens thérapeutiques (relation, groupe et médiation) que les personnes en soins pourront intégrer en elles, des capacités personnelles de contenance, de distinction de leur espace personnel et de d'intimité de cet espace.



Enveloppe psychique et salle d'ergothérapie

L'un des principaux concepts développé par D.Anzieu est celui du moi-peau .Ce concept permet de comprendre comment s'installe,progressivement ,un sentiment d'existence distingué, sécurisé .Ce sentiment va alors permettre l'existence d'une enveloppe physique puis psychique personnelle. Ce moi peau est décrit par Anzieu comme ayant 8 fonctions: maintenance et contenance du psychisme, pare-excitation, individuation du soi, inter sensorialité, soutient de l'excitation sexuelle, recharge libidinale et d'inscription psychique. (voir fonctions du moi peau de D.Anzieu)

D.Anzieu développe ensuite, la notion d’enveloppe psychique appuyée sur cette enveloppe corporelle du moi-peau. Pour lui, cette enveloppe psychique présente deux interfaces , le moi-peau face intérieure et face extérieure. Il développe ensuite le concept d'une une fonction dynamique, la fonction contenante, reliant ces deux interfaces. L'enveloppe psychique est ainsi constituée par :

  • le moi-peau face extérieure, dans sa dimension extéroceptive avec son rôle de contenance, maintenance, pare-excitation, protection et différenciation
  • le moi-peau, face intérieure, dans sa dimension liée à l’imaginaire , et favorisant l’inscription des traces psychiques
  • La fonction dynamique contenante qui permet la circulation entre ces deux interfaces.


 Tout comme le moi peau, avec ses deux feuillets, la salle d'ergothérapie propose:

  • Un feuillet externe, qui est en contact avec l'environnement externe (institution, autres thérapeutes). Ce feuillet sera plus concerné par les notions de contenance et de protection de l'espace personnel, ainsi que par la notion de confidentialité de ce qui se passe au dedans de la séance. Ce feuillet externe de la salle d'ergothérapie va donc interroger notre capacité de mettre en place la fonction de contenance ET de confidentialité. Ce feuillet externe de la salle d'ergothérapie doit aussi intégrer les notions de pare-excitation (pas trop d'excitation dans l'hyperactivité) et de différenciation (protection et distinction des objets de chacun).
  • Un feuillet interne, qui favorise une expression médiatisée, une utilisation des images issues de modèles extérieurs ou de l'imagination personnelle. Le travail proposé à ce niveau, est donc centré sur les contenus psychiques qui vont pouvoir, ou non, se projeter dans l'espace intermédiaire de thérapie. Ce travail sur les contenus psychiques est surtout présent si nous utilisons des méditions projectives et expressives. Dans un atelier artisanal, ludiques ou d''AVQ, ces contenus intra-psychiques seront également projetés mais non utilisés.
  • Une fonction contenante, exercée d'abord par la fonction contenante du cadre, mais aussi, et même surtout, celle de l'ergothérapeute qui pourra ensuite être intégrée par le patient lui-même. Cette fonction dynamique est fondamentale, surtout dans notre travail avec des personnes psychotiques.



Fonctions du moi-peau pertinentes en ergothérapie

En en ce qui concerne l'ergothérapie, nous allons pouvoir nous appuyer essentiellement sur deux fonctions: la fonction contenante et la fonction de protection.

Fonction contenante


Cette fonction contenante se relie donc au feuillet externe d'Anzieu, mais aussi à la notion de fonction contenante, au sens d'une processus dynamique. Pour proposer des expériences contenantes à des personnes, il faut se tourner vers nos différents moyens thérapeutiques. La relation nécessite donc d'être contenante, le groupe peut aussi avoir des aspects contenants, et certaines activités/médiations proposeront aussi des vécus plus ou moins contenants. La façon d'installer la personne, un espace personnel et bien différencié, protégé avec des éléments concrets, va également contribuer à cette contenance, à l'inverse par exemple, d'une grande table ronde commune. Pour que de telles expériences contenantes puissent avoir lieu, il est donc nécessaire que le cadre thérapeutique, au sens de la spatialité principalement, soit contenant. 

Les dimensions contenantes du cadre possèdent donc une action thérapeutique sur l’espace intérieur du sujet. 
La fonction contenante du cadre est souvent aisément perceptible, dans la dimension spatiale du cadre instauré. Il a un impact sur le patient par l'intermédiaire de ses dimensions, ses couleurs, son atmosphère, sa disposition, etc… Il est important de ne pas oublier cela, car la notion de l'espace et de sa disposition est importante, en particulier pour les sujets psychotiques. Un espace trop grand, trop vide ou mal organisé peut augmenter leur angoisse de morcellement. Inversement, un espace trop petit peut se révéler étouffant, source d’une proximité vécue comme dangereuse ou fusionnelle. Les personnes psychotiques seront donc très sensibles aux dimensions très concrètes du cadre, qui viendront leur proposer d’être contenus réellement : portes closes et non pas ouverture anarchique et insécurisante à des personnes étrangères à la thérapie, espace clairement distingué des lieux sociaux, espaces personnels et de rangement distingués, etc….


Symbole du fait de pouvoir posséder en soi un espace intérieur personnel, le cadre devient symbolique de la possibilité de garder en soi des parties psychiques intimes et différenciées des autres. La dimension contenante du cadre est don
c une métaphore concrète d’un espace psychique personnel. Cette dimension contenante du cadre se réfère au moment où l’indistinction entre soi et le monde n’est pas encore clairement établie.
Cette fonction contenante du cadre comme métaphore d’un espace intérieur est essentielle pour les personnes psychotiques. Le cadre offre un étayage du "moi non différencié" des sujets psychotiques, en se substituant au contenant défaillant. Le travail proposé se centre donc plus sur le contenant psychique que sur les contenus intra-psychiques (images intérieures, fantasmes, mots, rêves etc...). Il s'agit d'aider les personnes à contenir en elle leurs idées, images, expression verbale, pulsions et il faut pour cela proposer des contenants concrets (salle, tiroirs, feuille blanche, objets, etc...) pour permettre à la personne d’expérimenter concrètement et dans la réalité, cette capacité de contenance qui devrait être psychique.

L'organisation de la salle va permettre à la personne d'expérimenter des sentiments de sécurité, de contenance, de passages entre dedans et dehors. Selon la disposition spatiale les personnes vont pouvoir plus ou moins facilement se créer un espace personnel. Une seule et unique grande table va proposer un sentiment de convivialité groupale mais ne permettra pas une possible solitude en présence des autres. La taille de la salle aura également son importance, son atmosphère, sa lumière. Chaque modalité d'installation, de rangement, va avoir son importance qu'il conviendra de décoder. (voir un exemple d'analyse d'un dispositif en thérapie psycho-corporelle dans habiter l'espace ).

La capacité de contenance de l'ergothérapeute sera tout aussi fondamentale pour aider la personne à s'appuyer sur un psychisme plus sain que le sien. Enfin, le groupe et certaines activités/médiation pourront aussi contribuer à cette dimension contenante. Enfin il faut aussi tenir compte du fait qu'il ne s'agit pas de contenir sans cesse la personne , ce qui deviendrait vite une "contention", mais l'aider à retrouver une façon d'exercer sa propre fonction contenante.



Fonction de protection

La fonction de protection va s’inscrire surtout dans notre capacité à maintenir une confidentialité. Nous allons pouvoir proposer alors, un espace de sécurité, d’intimité pour que les contenus psychiques puissent trouver un espace d'expression sécurisé. Elle ne peut s'exercer que si la dimension contenante est efficace ou étayée par la présence thérapeutique. Ces deux fonctions du cadre sont donc étroitement imbriquées. Cela va restaurer une meilleure conscience d’un espace psychique personnel, existant (névrose et dépression) ou à étayer (psychose). Il s'agit là de rendre plus conscient cet espace intérieur mais dans sa dimension de protection et de différenciation entre son propre espace psychique et celui de l'autre, entre l'espace institutionnel et celui de la salle d’ergothérapie. Cette fonction fera donc écho, elle aussi au feuillet extérieur du moi peau de D.Anzieu.

Il ne s'agit plus uniquement de contenir dans un "dedans", mais de se poser les questions du passage entre les deux. Ainsi les contenus psychiques peuvent être partagés dans certaines situations, protégés dans d’autres, écoutés, respectés etc…
L’existence même d’un cadre sécurisé, toujours identique, différencié du reste de l’institution, référent, permettant de conserver les créations du patient dans la confidentialité, est important. Cette dimension de la confidentialité recouvre bien sûr la capacité à respecter le secret professionnel, mais elle va aussi bien au delà de cela. La notion de confidentialité repose surtout, sur la capacité d’un(e) ergothérapeute à savoir protéger l'espace de l'atelier, venant s'inscrire comme métaphore de l'espace psychique du patient, au sens du droit à l'intimité. La notion de confidentialité repose donc sur la capacité à proposer un cadre suffisamment imperméable mais aussi perméable, selon les zones, les moments où les institutions, mais aussi et surtout, selon les besoins des patients.

Imperméable
Notre cadre thérapeutique se doit d'être protecteur et sécurisés dans certaines zones. Toutefois, imperméable ne signifie pas claquemuré, comme un bunker renforçant les fantasmes autour d'une éventuelle zone secrète, déclenchant encore plus les pulsions scopiques et voyeuristes. Imperméable est une qualité à développer tout comme celle d'un parapluie, protecteur mais pas blindé. C'est de notre propre capacité relationnelle et surtout de notre propre sentiment de sécurité intérieure, que nous allons pouvoir être garant d'un cadre sécurisant.

Ainsi ne pas exposer/exhiber les créations réalisées en thérapie est un questionnement qu'il faut avoir avant même d'entrer en relation avec un(e) patient(e). Montrer ou ne pas montrer une œuvre personnelle nécessite ce questionnement, mais aussi de respecter le positionnement de la personne à l'origine de cette expression. Parfois plutôt que de décider nous-même s'il est judicieux ou pas de montrer une peinture ou un écrit, ou même ce qui peut sembler un simple objet, il est important de connaitre l’histoire de la personne et son désir. Pourquoi souhaite t-elle montrer, cacher, exhiber, dénier, enfouir ou mettre au grand jour?

Il est important aussi d'avoir conscience qu'il ne faut pas tout dire ni au patient ni parfois même aux autres thérapeutes, toujours dans le souci d'une réparation d'espaces psychiques souvent poreux et malmenés. Ainsi un patient ayant été abusé ou intrusé sera particulièrement sensible au fait que nous puissions contenir en nous des éléments intra-psychiques intimes projetés, parfois difficiles à supporter même pour un(e) thérapeute. C'est de notre propre
capacité à protéger ces éléments d'intimité que le patient pourra progressivement exprimer en sécurité des éléments de son psychisme vécus comme destructeurs ou insupportables.

Perméable
Notre cadre doit aussi être suffisamment perméable pour tenir compte des autres thérapeutes et des nécessités du partage d'informations lors des réunions de synthèse ou même informelles. Ce qui est dit ou pas, n'est pas anodin. Exprimer ce qui se passe dans un atelier, pour un groupe ou un patient, aura un impact pas seulement informatif mais aussi sur la vision que chacun pourra porter ensuite sur le groupe ou le patient, ce qui pourra modifier, par cercle concentriques, des effets sur l'ensemble de la thérapie du patient. Cette conscience est donc importante à développer au fil de notre pratique.Nos notes dans mes dossiers gagnent donc à être le plus descriptives possibles, en ayant conscience de l'impact qu'elles peuvent avoir.



 

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