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Se donner du temps




Avoir ou ne pas avoir de temps, être pressé de guérir, prendre du temps pour soi, se donner du temps ou en donner aux autres, le vécu de chacun face au temps repose sur sa propre histoire.

La notion de temps nous emporte chaque jour un peu plus près de notre fin de temps. Il y a eu un début et il y aura une fin. Chaque personne à une conscience plus ou moins aiguë, tendue vers cette fin de soi-même, avec des stratégies variées pour en repousser la perspective. Le temps engage quelque chose de l'ordre de l'irréversible, de l'arrêt, de la mort. Pour des patients en souffrance psychique, l'angoisse de mort côtoie aussi le désir, victoire de la pulsion de mort sur la pulsion de vie. Certains imaginent que le temps se fige, d'autres tentent de l'abolir en essayant de redevenir "comme avant", dans un illusoire temps de mieux-être. Mais avant quoi?

L'atelier de techniques corporels confronte les participants à cette dimension du temps, à cette exploration de soi-même, à la fois dans un temps repère et dans un temps paradoxal, "hors du temps". Il nécessite des rituels rassurants, des temps différenciés qui tentent d'organiser le temps ainsi découvert, le temps qui peut parfois paraitre trop libre parce que vide.



Paroles…..
« A l’hôpital le temps paraît plus long, on s’ennuie tellement…. »
« On perd les repères, j’ai l’impression de ne plus savoir quel jour on est. C’est le jour de la relaxation ? »
« Ici, il y a des grands temps de vide. C’est pour cela que je viens à toutes les activités, pour m’occuper. »
« Dehors, le rythme est plus rapide, ici on se sent en sécurité. »
« Parfois le temps paraît plus long, parfois il passe trop vite. Pourquoi mange t’on aussi vite ici, alors qu’il n’y a pas grand chose d’autre à faire de la journée ? »



Rythme et atemporalité
Les mots clefs de ce temps sont l'engagement, la régularité, la présence, l'attente du moment, la mentalisation de la séance.

L'atelier de techniques corporels confronte les participants à cette dimension du temps, à cette exploration de soi-même, à la fois dans un temps repère et dans un temps paradoxal, "hors du temps". Cet atelier a lieu 3 fois par semaine, pour des séances d’une heure trente. Ce cadre horaire est clairement indiqué lors de l'accueil et reformulé à la fin de la première séance de relaxation. Le sujet ayant choisi cet atelier en toute connaissance de cause, s’engage selon ces modalités. Si cet engagement n’est pas respecté, l’ergothérapeute en discutera avec le patient et/ou en référera au prescripteur. Ce premier temps, repère visibles et indicateur de la présence de la loi, s'imbrique étroitement à d'autres temps.

Les jours de pratique et les horaires sont, le plus souvent, les mêmes chaque semaine. Ils participent ainsi à donner des repères temporels dans ce temps hospitalier où les patients et patientes se décrivent fréquemment comme hors du temps, hors des repères des jours de la semaine. Toutefois, si la pratique de cet atelier vient s'inscrire comme un repère temporel, il en va tout autrement durant la séance.

Il est à remarquer que souvent, les personnes soulignent que le temps leur a semblé très long ou très court, comme s'ils pouvaient faire l'expérience de leur subjectivité temporelle, hors des montres et pendules qui font loi et référence habituellement. Ce temps est comme suspendu, hors du temps linéaire, chronologique qui scande le quotidien. Le passé de la personne vient s'évoquer comme les souvenirs qui émergent, le présent des sensations corporelles et sonores se nouent avec ce passé et parfois le futur, les projets de la personne. Cette découpe hors du temps participe aussi à la création d'une sorte de bulle atemporelle où des découvertes uniques et personnelles peuvent se vivre, à condition de créer toutes les conditions de sécurité pour lui permettre d'exister.

La tension entre ces deux opposés apparents, rythmes, repères réguliers et bulle atemporelle, permet des expériences très riches et très variées, et surtout imprévisibles. La thérapeute reste la garante d'une possibilité de s'extraire de cette bulle matricielle et régressive, en étant garante du temps et de l’arrêt de la séance.
Le cadre temporel, à l'intérieur des séances, est assuré par les différentes étapes. Cette dimension temporelle est assurée et garantie par l'ergothérapeute. Cela permet au patient de ne plus être responsable du temps et de pouvoir se "reposer" sur l'ergothérapeute. C'est cette garantie que le temps sera bordé et non pas indéfini qui permet justement aux personnes d'oublier, en apparence, cette dimension qui nous structure lors de nos journées, pour entrer dans une sorte de hors-temps, si familier aux personnes psychotiques.



Structure rituelle
La séance se déroule, presque à chaque fois, selon un rituel. Cette notion d'un rituel est importante et rassurante. Elle permet aux sujets de savoir à peu près comment va se dérouler la séance. La notion de sécurité, aussi bien extérieure, qu'intérieure est en effet, fondamentale pour la relaxation. Cette dimension permet une première différenciation entre le dedans et le dehors de la séance, entre temps libre et temps ritualisé.

Plusieurs temps structurent donc la séance de relaxation. Ces temps sont plus ou moins longs selon le nombre de personnes, leurs attentes, leurs demandes et leurs possibilités d’expression verbale. Ils s'imbriquent les uns dans les autres et peuvent être lus sous des angles différents.

  • Le temps "chronologique" nous propose le temps de parole, les auto-massages, la relaxation musicale et à nouveau le temps de parole. Cette organisation est linéaire, répétitive. C'est celle qui est visible et lisible par les patients. Elle est donc la référence apparente. Ces différents temps permettent d'affirmer l'importance de la parole personnelle, le passage par la sensorialité, le lâcher prise et la nécessité de redevenir sujet parlant ensuite.
  • Les différents « moments relationnels » nous donnent à expérimenter un temps de guidance relationnelle, un temps de séparation, puis de solitude dans le groupe.

     Un temps de parole en début de séance

C'est une façon de se dire, de se rendre présent à l'autre, de se poser comme personne désirante, parlante. Une invitation est faite aux personnes présentes: tenter d’exprimer leur ressenti du moment. Ce temps, induit par une question de la thérapeute, est nécessaire à l’élaboration de l'atmosphère de la séance et à la création d'un espace-temps particulier, où une place est faite à chacun et à son vécu. Chaque personne est ainsi invitée à mettre en mots son vécu personnel, relié ou non aux séances de relaxation.
L’accueil des nouveaux patients se fait sous la forme d’une présentation nominale et d’une question portant sur la pratique préalable de techniques psychocorporelles, type yoga, relaxation, gymnastiques douces, etc…

La parole n'est jamais obligatoire. Ce temps dure entre 5 et 15 mn. Il est clairement exprimé aux patients que la séance est, à la fois basée sur un rituel retrouvé à chaque séance mais demeure aussi adaptable à leur état psychique. C’est le moment clef pour écouter si déjà les sujets relient aisément leur état physique à leur état psychique, se situent comme désirants, actifs, savent ce qui les anime, etc....


     Le temps des pratiques

Le temps de guidance propose une expérimentation dans un sens allant de l'extérieur vers l'intérieur, de la surface vers la profondeur, dans une prise de conscience de l'éprouvé. Une durée suffisante est importante pour permettre les expériences différentes.
  • Une durée de 30 à 40 minutes d'auto-massages ne permet pas d'explorer en profondeur le massage de tout le corps. Le rituel de massage chinois impose de faire toutefois un massage global, sans s'arrêter en plein milieu de celui-ci ou sans omettre une zone du corps. Le choix a donc été fait d'approfondir, à tour de rôle, telle ou telle zone du corps, mais toujours englobé dans un massage général du corps. Il suffit de passer plus ou moins de temps sur telle ou telle zone, le visage étant la zone la plus facile à aborder pour des personnes réticentes au toucher et son massage peut alors être prolongé.
  • Une durée de 20 à 30 minutes d'hypno-relaxation correspond au premier cycle du sommeil, celle dite de sommeil léger. On peut constater, par exemple, lorsque l'on pratique l'art de la sieste, que cela correspond à une période qui permet de se réveiller en forme et de ne pas couper une phase de sommeil profond d'où il est beaucoup plus difficile d'émerger, l’½il clair. C'est également approximativement le temps où une certaine forme de présence, et non pas de concentration, reste possible sans plonger dans le sommeil. Au-delà, soit le temps devient trop long pour les personnes qui demeurent en état d'alerte et ne peuvent se laisser aller, soit c'est le sommeil qui commence.


     Le temps de solitude en présence des autres

L'utilisation des automassages souligne, symboliquement, la nécessité d'avoir un corps sensible, d'être incarné, mais signifie aussi qu'il est possible de pouvoir faire quelque chose soi-même pour se sentir bien dans sa peau. Ce message nécessite de résister aux demandes fréquentes des patients et patientes d'être massé(e) par la thérapeute. L'auto-massage renvoie la personne a ses propres capacités à s'occuper d'elle-même, à être actrice de sa propre évolution et permet également d'expérimenter la solitude en présence des autres.

Ce temps de solitude, nuancé d'une enveloppe sonore, achève ces découvertes. Ce temps est l'aboutissement de tout le travail progressif d'intériorisation. Il permet d'entendre comment la personne vit son espace intérieur. Le lien relationnel revient ensuite dans le temps de parole. Tout ce travail proposé s'articule autour du type de lien établi entre soi et autrui et entre soi et soi.

Cette notion a été mise en évidence en particulier par Winnicott qui exprime clairement la nécessité pour l'être humain de pouvoir se sentir exister avec les autres personnes, mais aussi de développer la capacité à être seul en présence des autres. Cette capacité est étayée sur les expériences de l'enfant avec sa mère, lors de l'acquisition de l'espace transitionnel et de la distinction du moi et du non moi. Il est donc important que ces expériences précoces soient positives et intégrées. C'est la capacité à protéger son propre espace psychique, à le clore à la présence d'autrui, à ne pas exister uniquement en fonction du regard, des demandes des autres personnes et à ne pas se sentir en permanence, défini, envahi, porté, soutenu, abandonné par autrui.

Ce temps de solitude, d’expérimentation personnelle, est proposé, de préférence en musique pour limiter les angoisses de vide de nombreux patients. La voix de la thérapeute laisse place progressivement à la musique. Ce temps permet à la personne d’expérimenter ses propres capacités à lâcher prise, à s’écouter, à intérioriser des processus thérapeutiques ou à les refuser, à découvrir comment son corps et son esprit se relient ou non, à laisser émerger des idées, des images, des fantasmes ou pas, à s’endormir dans une fuite bienheureuse de ses propres idées....

C'est probablement ce temps de solitude qui est l'axe essentiel de toutes les expériences proposées, pour favoriser leur intégration. Ce temps, aussi important soit-il sur un plan symbolique, est souvent réduit à...peu de temps en termes d'instants temporels. Il dure le temps que les patients peuvent le supporter, comme l'expérience d'un temps possible qu'ils pourront retrouver ensuite, seuls chez eux, dans une pratique personnelle.



     Le temps de parole final

Ce moment intervient après le rituel de réveil permettant aux personnes de sortir de l’état de relaxation profonde, même si ce n’était pas forcément le moment de bouger pour eux. L’authenticité d’un soupir, d’un bâillement ou d’un étirement en disent parfois plus long qu’une parole sociale, banalisante, ou de politesse.

Pourtant, il est important que le vécu somatique, après s’être potentiellement organisé en images, puisse être repris, même à minima, dans une expression verbale. Elle est souvent une expression de bien-être, des plaintes somatiques persistantes, un sentiment d’échec pour les plus acharnés à réussir, l’expression d’une lutte intérieure, ou des angoisses de vide, les peurs de lâcher prise et de se laisser aller, l’étonnement d’une découverte sensitive, d’une image surprenante, d’une inter action corps esprit ignorée jusque là.

La parole spontanée n’est pas la plus fréquente, mais elle existe. Si elle ne surgit pas pour les patients, il s’agit alors, de trouver une question suffisamment ouverte pour favoriser l’expression. Le regard suffit souvent à inviter le sujet à prendre sa place et à partager son vécu. Après un moment aussi intense de présence à soi-même, être là, dans sa parole, vient engager profondément le sujet dans sa façon d’être. Lorsque l’ergothérapeute invite la personne à parler, l’utilisation du prénom de la personne se révèle important, ainsi que la classique reformulation de C.Rogers, sans interprétation, ni explication.

Le contenu, finalement, est à la fois fondamental et importe peu. C’est l’acte de parole en lui-même qui est fondateur du sujet, et qui vient s’inscrire là. La parole est souvent peu abondante, mais authentique. Le « Je » est à souligner et à favoriser, car très souvent c’est le nous et le on qui surgissent, restes du sentiment océanique et fusionnel ressentis par certaines personnes.


« J’ai eu une sensation de chaleur dans tout le corps. »
« Je n’ai pas entendu l’image que vous avez proposé. »
« J’ai eu un moment de tristesse où j’ai pleuré. Finalement ca fait aussi du bien de pleurer. »
« Il y a des moments agréables, et des moments où je reviens sans cesse sur mes pensées. »
« On est bien comme çà, hors de la réalité….. »






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