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Travail de symbolisation


Résumé du chapitre 8 du livre de René Roussillon ("Manuel de la pratique clinique en psychologie et psychopathologie" Elsevier masson, 2016)
Réalisé par Maryne Mutis, étudiante  en psychologie, dans le cadre du séminaire de recherche de Thomas Rabeyron (Master 2 de psychologie clinique et psychopathologique de Nancy)


Le travail de symbolisation


Fondements de la symbolisation

A la base, l’expérience subjective s’inscrit dans l’appareil psychique sous la forme d’une matière psychique première, que Freud nomme une première trace mnésique perceptive. Cette trace va être multi-perceptive en concernant plusieurs modalités sensorielles, multi-pulsionnelle en concernant le vécu et l’investissement du sujet, et hypercomplexe en étant à l’interface entre le sujet et son objet, surgissant de leur rencontre.

Ici, cette première trace mnésique perceptive, ou cette perception, est finalement déjà une représentation perceptive, car la psyché ne peut travailler que sur des représentations et pour elle, tout est représentation.

Freud souligne que cette première inscription n’est pas susceptible d’atteindre la conscience sous sa forme actuelle, et qu’elle va donc devoir être transformée et métabolisée. Tant que ces traces premières n’ont pas été intégrées par la capacité de synthèse psychique, elles vont se répéter et s’enrayer, comme par exemple dans les troubles traumatiques.

La matière psychique va donc devoir être métabolisée psychiquement, et cette métabolisation, clé de l’intégration psychique, va s’effectuer par un processus de symbolisation, permettant alors un processus de subjectivation, un processus d’appropriation ou d’intégration psychique, c’est-à-dire un processus par lequel le sujet s’approprie son expérience vécue.

L’expérience subjective n’est en effet pas immédiatement saisissable et appropriable, mais il existerait une tension psychique qui amènerait le sujet à rechercher cette appropriation. Le « Je » doit en effet advenir dans cette matière psychique première, notamment à travers l’autre, autrement dit, on ne peut avoir accès à soi que par l’autre.

La subjectivation, donc l’accès à la conscience, suppose que les contenus psychiques aient pu prendre une forme réflexive, c’est à dire qu’elle s’effectue par la réflexivité, une autre forme de la symbolisation. La réflexivité renvoie à la capacité du sujet de se penser lui-même, et peut être comparée à la fonction d’auto-observation du Surmoi. Le devenir réflexif, ou conscient, des processus psychiques dépend également de leur liaison avec les représentations de mots et l’appareil à langage verbal, c’est-à-dire que la réflexivité nécessite le passage par le langage, par une capacité de narrativité.

La matière première psychique doit être métabolisée et transformée par un processus de symbolisation réflexif pour être intégrée dans la subjectivité.


Le problème des inscriptions psychiques et la question des deux niveaux de la symbolisation

A l’origine, Freud propose trois types d’inscriptions de l’expérience psychique :

  • Représentation perceptive  (trace mnésique première)
  • Représentation de chose (inconscient)
  • Représentation de mots  (préconscient / conscience)

Un peu plus tard, Freud semble avoir considéré que la première et la seconde inscription n’en forment qu’une et qu’elles ne sont séparées que par un mode de traitement psychique et par une différence de quantité d’investissement. Ainsi, fortement investie, la trace mnésique première est réactualisée sous forme hallucinatoire et selon la modalité nommé identité de perception, plus faiblement réinvestie elle se présent comme une simple représentation de chose et selon une modalité nommé identité de pensée. Le sujet humain devrait ainsi abandonner l’identité de perception pour aller vers l’identité de pensée, en diminuant la quantité d’investissement placée sur l’objet.

Dans son Interprétation des rêves, Freud se pose la question des transformations de la matière psychique dans le rêve, avec une première narrativité que ce dernier va permettre. Dès lors, il va retourner à son idée initiale de trois types d’inscriptions, et postuler deux niveaux du travail de symbolisation, que Roussillon reprend dans son propre modèle de la symbolisation :

  • Les processus primaires, ou symbolisation primaire, dont le modèle princeps est celui du travail du rêve. Ce sont les processus par lesquels la trace mnésique première est transformée en représentation de chose.
  • Les processus secondaires, ou symbolisation secondaire, qui pourrait rendre compte du passage entre le rêve rêvé et le rêve narré par le sujet au réveil. Ce sont les processus par lequel la représentation de chose est transformée en représentation de mot, ou autrement dit, est traduite dans l’appareil à langage verbal.


L’impératif d’un niveau de symbolisation primaire : la symbolisation et la présence

Roussillon introduit ici une réflexion plus poussée sur la symbolisation primaire, en partant de l’exemple de la mélancolie. Il se rend ainsi compte que pour symboliser l’objet, il faut supporter son absence et avoir accepté d’en faire une forme de deuil primaire, c’est-à-dire de le retrouver selon l’identité de perception. C’est ce que Winnicott appelle la capacité à être seul en présence de l’autre. Or, le sujet mélancolique buterait sur ce deuil primaire, il n’aurait pas la capacité de supporter l’absence de l’objet.

Cette observation entraine alors avec elle la question des conditions de réalisation de ce deuil primaire nécessaire à la symbolisation de l’objet. La réponse est finalement paradoxale, car pour faire le deuil primaire de l’objet, pour accepter de renoncer à l’identité de perception et passer à l’identité de pensée, il faut avoir commencé à symboliser l’objet. Il faut donc à la fois renoncer à l’objet primaire pour commencer à pouvoir symboliser, mais tant que cet objet n’est pas suffisamment symbolisé, le sujet ne peut pas y renoncer.

Les réflexions sur la symbolisation soulignent que la symbolisation est symbolisation de l’absence et du manque qu’elle engendre. Pour modérer cette absence de l’objet, la symbolisation tenterait de rendre en partie présent, par sa représentation, l’objet absent ou manquant. Cette hallucination perceptive de l’objet suppose que l’objet ne soit pas perceptivement présent.

C’est donc l’hallucination de l’objet absent qui est à l’origine de sa représentation symbolique. Mais le processus hallucinatoire ne peut pas à lui seul expliquer le travail de symbolisation représentative de l’objet, car l’hallucination rendrait l’objet trop présent, et non pas en représentation vécue comme telle. Il faut alors évoquer une certaine réduction d’investissement pour penser l’émergence d’une simple représentation non confondue avec la perception de l’objet.

On se retrouve alors du côté de la réduction de la quantité d’investissement, c’est-à-dire de sa liaison, et il faut alors faire appel au processus du masochisme originaire et à la co-excitation libidinale ou sexuelle qu’il implique, pour expliquer cette liaison primaire. Le masochisme originaire recouvre le moment où le sujet va parvenir à tolérer une certaine dose de déplaisir, voire à investir une certaine dose de plaisir dans un déplaisir. C’est une étape importante du développement qui va moduler le principe de plaisir.

Dans notre réflexion sur la symbolisation, cela signifie que le sujet doit accepter le déplaisir provoqué par l’absence de l’objet. Dans la mélancolie, le sujet ne parvient pas à tolérer le déplaisir, il ne parvient donc pas à se libérer de l’objet et à se le représenter. La symbolisation de l’objet nécessite donc la symbolisation de la représentation de l’objet, qui nécessite elle-même une tolérance au masochisme primaire, c’est-à-dire au déplaisir engendré par l’absence de l’objet.

Cependant, on ne peut maintenir indéfiniment l’objet absent du processus de symbolisation, on ne peut maintenir dans la théorie le postulat narcissique d’auto-engendrement de la symbolisation par simple réduction masochique des quantité d’investissement sans faire intervenir le rôle de l’objet dans ce processus, c’est-à-dire de penser le rôle de l’objet présent et pas seulement l’absence de l’objet.

L’émergence de la représentation interne de l’objet ne peut en effet se réduire à un processus intrapsychique relatif à la diminution des quantités d’investissement. Il faut alors engager une réflexion sur un mode de symbolisation qui se développe en présence de l’objet, ou encore s’il veut maintenir l’idée d’une symbolisation fondée sur l’absence, du manque dans l’objet ou du rapport de l’objet au manque. Dès lors, les premières formes de symbolisation doivent être pensées comme celle de la co-incidence entre le processus issu du bébé et la réponse de l’environnement.

Ce développement implique également que ce qui n’a pas été symbolisé va pouvoir ensuite revenir de manière perceptive, sous forme d’hallucination. On se retrouve donc avec une simultanéité d’un processus perceptif actuel de l’expérience du sujet, et d’un processus hallucinatoire des expériences précoces, ce qui rejoint la conception de Winnicott de l’objet créé/trouvé.


Formes et enjeux de la symbolisation primaire

Un certain nombre d’auteurs, dont Freud, se sont attelés à décrire les processus qui relèvent du niveau de la symbolisation primaire, c’est-à-dire qui contribuent à un processus de transformation de la matière première psychique en représentations de choses. Ici seront uniquement développé deux de ces concepts, les plus connus :

Les pictogrammes d'Aulagnier
Le pictogramme est une hypothèse posée pour décrire les premières étapes du processus de symbolisation primaire, une fois la matière psychique dépassée. Il se présente donc sous la forme d’une sensation hallucinée, première représentation corporelle de l’objet résultant d’une expérience sensorielle inaugurale qui va pouvoir prendre deux formes :

  • La forme du prendre en soi le plaisant, qui sera désignée comme pictogramme de jonction, et représente un état d’indifférenciation entre zone érogène et objet source de plaisir.
  • La forme du rejet hors de soi du déplaisant, qui sera désigné comme pictogramme de rejet et accompagné d’une automutilation des de la zone érogène et de l’objet source de souffrance.
Un pictogramme se caractérise par une indissociabilité entre espace extérieur, espace psychique et espace corporel.

Les signifiants formels d'Anzieu
Anzieu à quant à lui développé le concept de signifiant formel comme première étape de symbolisation des pictogrammes. Les signifiants formels renvoient à des proto-représentations des configurations du corps et des objets dans l’espace, ainsi que de leurs mouvements. En définitive, il s’agir de représentations d’enveloppes et de contenants psychiques.

Anzieu précise que cet éprouvé ne relève pas du fantasme mais d’une impression corporelle qui ne suppose aucune distinction entre sujet et espace extérieur et qui est ressentie par le sujet comme étrangère à lui-même, c’est une sensation de mouvement et de transformation. Ainsi, les rencontres peau à peau mère/bébé peuvent conduire à des traumatismes et donner naissance à des formes pathologiques de pictogrammes, les signifiants formels.

Les descriptions présentées sont celles de processus internes dérivés de la sensori-motricité, c’est-à-dire qu’ils sont animés d’un mouvement et traduisent une action, que ce soit le passage du dedans au dehors ou inversement pour les pictogrammes, ou la forme d’un mouvement pour les signifiants formels. Cette action contribue à une transformation de la position ou de l’état d’un contenu psychique premier.

Hypothèses complémentaires
En reprenant les travaux d’Aulagnier et d’Anzieu sur ces deux notions clefs de pictogramme et de signifiants formel, Roussillon propose trois hypothèses complémentaires :

  • La combinaison des signifiants formels et pictogrammes entre eux pour former de véritables scénarii.
  • La participation de l’environnement à la fabrique des signifiants formels et pictogrammes.
  • Un partage des processus de symbolisation primaire qui contribuent à leur organisation en langage, condition d’une véritable symbolisation primaire.

Grâce à une méthode d’observation des interactions fines entre mères et bébé, Stern a pu mettre en évidence l’existence d’un système d’accordage affectif, c’est-à-dire un échange affectif en miroir inter- ou trans-modal. Roussillon émet l’hypothèse qu’il existerait également un accordage esthésique, c’est-à-dire de la sensori-motricité elle-même.

Dès le début de la vie, l’enfant va donc chercher à raconter ses états et processus internes, même lorsqu’il ne dispose pas de l’appareil à langage verbal. Les nourrissons adressent alors le récit de leurs états internes à l’aide de langages mimo-gesto-postural. L’appropriation et la représentation symbolique des processus psychiques d’un sujet, nécessite ainsi leur matérialisation et leur concrétisation, par exemple sous forme d’une mise en acte chez l’enfant, de même que leur identification, leur reconnaissance et leur partage par l’environnement significatif premier.

Cependant, il arrive que ce processus d’accordage, dans la mesure où il procède par essai et par erreur, échoue par indisponibilité ou insensibilité de l’objet. Le geste d’élan du bébé tourne alors à vide et fait retour vers le sujet en étant porteur de la marque de cette absence de rencontre. C’est dans un tel contexte que peut se constituer un signifiant formel du type « un objet s’éloigne et revient », qui viendra raconter l’histoire d’une rencontre qui n’a pas eu lieu.

Les processus de la symbolisation primaire, comme peut être tous les processus de symbolisation, doivent donc d’abord être partagés pour s’inscrire, être intégrés et appropriés par le sujet humain. Ils deviennent alors processus de symbolisation utiles et utilisables quand ils le font, faute de quoi ils viennent alimenter les diverses formes de la compulsion de répétition. L’autoreprésentation du processus psychique marche mieux en présence de l’autre.


La symbolisation secondaire

La symbolisation secondaire, c’est la transformation des représentations de choses dans l’appareil du langage verbal, c’est-à-dire aussi bien les mots que la prosodie. Roussillon donne trois vecteurs de ce transfert dans l’appareil de langage et dans la symbolisation secondaire :

  • Le choix des mots, de leur double ou multiple sens éventuel.
  • La valeur narrative, qui suppose une chronologie et contextualise, puisqu’un énoncé n’est intelligible qu’en fonction du contexte. Elle mobilise aussi la stylistique et l’organisation pragmatique des énoncés qui participent à la transmission des états internes.
  • La voix et la prosodie, avec l’intonation, le timbre, qui vont transmettre le rapport au corps et l’état d’être au monde.

L’essence de la symbolisation secondaire est donc de traduire la forme de la symbolisation primaire dans l’appareil de langage, mais elle peut aussi traduire des processus de symbolisation primaire inachevé, n’étant pas encore parvenu à une organisation narrative scénarisée. Bien que le niveau de symbolisation secondaire s’effectue à partir de l’appareil à langage verbal, les autres niveau de langage ne disparaissent pas et viennent au contraire donner une couleur sensorielle et affective à la communication humaine.




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