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Symbolisation primaire et secondaire

Symbolisation primaire et secondaire Zoom sur Symbolisation primaire et secondaire

Chacun et chacune d'entre nous est traversé.e par des besoins, des désirs, des envies qui sont issues de nos pulsions internes. Le modèle conceptuel de Freud, même s'il est ancien, peut guider nos réflexions sur l'action et ses impacts. L'action trouve son origine dans l'énergie pulsionnelle, qui va nous pousser à agir pour satisfaire nos différents besoins. 

Dans son travail sur le destin des pulsions et les origines de l'angoisse, Freud va en effet nous éclairer dans l'une des capacités inhérentes à l'action, à savoir faire baisser le seuil de l'angoisse en agissant. 

Mais comment le "simple fait d'agir" va t'il avoir un effet? Quel lien peut-on faire entre l'action et les mécanismes de défense intra-psychiques? Comment le fait d'agir va t'il permettre de lier l'énergie pulsionnelle et de donner du sens? Qu'est-ce que la symbolisation ? 


Les mécanismes de défense
En ergothérapie, il semble à priori difficile d’avoir un effet sur l'angoisse, même si l’un de nos objectifs est justement la diminution de cette angoisse. En effet, l’élément thérapeutique le plus efficace, à court terme, est le médicament. 

Et pourtant, tout ergothérapeute connait ce mécanisme, permettant aux patients de se sentir mieux durant ou après une activité, même si cette dernière n'a pas conduit la personne dans les sphères de l'introspection ou de la conscience de soi. Notre thérapie va se révéler capable d'agir sur l’angoisse, plutôt à plus long terme et pas uniquement dans une démarche d'occupation pour ne pas penser, même si cet aspect n'est pas à négliger. 
Les mécanismes de défense intra-psychiques lient l'énergie pulsionnelle. Ces processus internes sont utilisés par le moi, comme une protection et sont une façon de gérer l'angoisse. Nous pourrions considérer cela comme la première ligne de défense "naturelle" contre l'angoisse. Pour chaque personne les grands mécanismes de défense sont le refoulement, qui permet de ne pas garder tout en mémoire consciente,  la projection et l'introjection, qui  permettent de se construire, s'identifier, prendre des parties de l'autre en soi, se distinguer, s’affirmer, etc..Ces mécanismes sont opérants de façon plus ou moins efficace, en fonction de notre construction psychique. Selon les structures psychiques, les mécanismes de défense seront variables et plus ou moins matures. 

Lorsque les mécanismes de défense sont débordés, les pulsions non canalisées (énergie psychique libre et non organisée) peuvent provoquer de l'angoisse, des passages à l'actes, des débordements émotionnels gênants pour le patient. Le "simple" fait d'agir, de faire quelque chose de concret, de mettre en forme et en représentation est garant du fait que l'énergie libre de l'angoisse va être "quelque part "liée et donc, le seuil de l'angoisse va pouvoir baisser. Il est aisé alors de comprendre que l'action proposée en ergothérapie va permettre au Moi d'expérimenter des voies de liaison des pulsions.

En ergothérapie, il est donc possible d'expérimenter le renforcement de mécanismes de défenses déjà existants (projection, introjection, sublimation) mais qui peuvent être débordés momentanément, de les rendre plus matures ou d'intégrer de nouveaux mécanismes de défense face à l'angoisseNous avons vu ainsi dans un autre chapitre, que la sublimation est l'un des destins possibles de la pulsion, lui donnant une forme plus acceptable pour la personne et valorisée par la société.La sublimation est tout à la fois un mécanisme de défense et aussi un processus intra-psychique. 


La nécessité d'une mentalisation
C'est du côté de Freud que nous allons trouver l'explication de l'appareil à penser, à mentaliser, qui va permettre d'éviter la voie du passage à l'acte. Des personnes ayant un défaut de capacité de représentation auront donc plus de facilité à laisser cette énergie pulsionnelle s'inscrire dans l'action. Dans ce cas, les représentants pulsionnels ne sont pas transformés en processus mentaux et cette énergie se décharge dans le faire, mais dans un faire de type passage à l'acte. Toutefois, cela ne signe pas une pathologie psychiatrique. C'est lorsque ce défaut de mentalisation, de représentation psychique devient le mode de fonctionnement unique ou trop fréquent, que nous entrons dans le monde du passage à l'acte pathologique.

La mentalisation est notre capacité à traduire au niveau mental, de nombreuses choses: désir, frustration, deuil perte d'objet d'amour, ambivalence, conflits psychiques, etc...Cette capacité à transformer nos expériences vécues en représentation va donc dépendre du "jeu" entre notre çà, notre moi et notre surmoi, tant dans leurs dimensions conscientes qu'inconscientes. En ergothérapie nous allons pouvoir contribuer à cette mentalisation qui se déroule essentiellement en psychothérapie, mais d'une autre façon que par la parole, de manière plus concrète grâce à l'expression médiatisée qui va offrir des objets trouvés-créés, témoins d'une existence ou porteurs d'un sens 

En ergothérapie d'orientation psycho-dynamique, nous allons donc proposer un chemin de liaison entre les pulsions et leurs représentants. C'est le processus 
de symbolisation qui va permettre de lier une énergie libre, non liée, susceptible de créer de l'angoisse, dans des représentations en images (symbolisation primaire) et en mots (symbolisation secondaire) pour peu à peu soutenir la mentalisation et retrouver des compétences introspectives nécessaires à une vie pleine de sens.



Symbolisation primaire
L'éprouvé s'inscrit dans le corps et dans la matière. La dimension sensorielle des différentes activités que nous pouvons proposer, va contribuer à proposer un revécu de cette dimension. La dimension pulsionnelle, inscrite dans le somatique, sera donc ainsi prise en compte. L'éprouvé s'inscrit aussi dans les sensations et les émotions. Tous ces éprouvés, qui ont pu antérieurement, laisser des traces dans le psychisme de la personne, dans son espace intérieur, vont pouvoir être (r)éveillés par le travail de la matière, par le rapport à l'objet et donc ils pourront retrouver le chemin de la représentation de ce qui n'était pas encore exprimable.

Ce passage par la matière, où vont se déposer des traces, des empreintes, des représentations concrètes issues de l'espace psychique de la personne, va donner corps et formes à ce qui n'était que des mouvements internes non encore représentables et symbolisables. L'objet et la matière auront aussi un impact en retour par toutes les expériences signifiantes qu'ils vont permettre à la personne. Le travail d'élaboration des pulsions intéresse tout particulièrement les patients psychotiques et état-limite, souvent aux prises avec des pulsions de mort, liée à la destructivité.

L'élaboration psychique des pulsions reste tributaire de la structure intra-psychique (psychotique ou névrotique) et des individualités de chacun (au sens de l'histoire, de la personnalité, etc..). L'élaboration des pulsions va surtout concerner les pulsions de destructivité, de mort, conduisant à des passages à l'acte de type suicides, scarifications, addictions et autres retour de la destructivité sur soi-même.

Il est à souligner que la charge énergétique contenue dans la pulsion va pouvoir s'exprimer plus aisément certaines matières. D'emblée, il est à remarquer que certaines médiations vont impacter très clairement sur cette utilisation de la charge énergétique de la pulsion : écrire avec un stylo n'a rien à voir avec sculpter dans la masse. En effet, il est plus difficile de contenir une charge émotionnelle, pulsionnelle lors d'activités où il est nécessaire de détruire, d'attaquer, de modifier le matériau initial. Certaines matières plus dures et plus solides que d'autres vont favoriser cette projection de l'énergie pulsionnelle dans la matière et le revécu de la pulsion. (voir expériences motrices et gestuelles dans les fonctions de la médiation)

Selon le type de pulsions, de vie ou de mort, constructives ou destructives, nous n'entreront pas dans les mêmes domaines de travail. La plupart du temps, il est plus facile pour les thérapeutes, de se centrer sur la notion de pulsion de vie, sur ce qui marche, sur ce qui est dans la plaisir, le fameux flow positif. Se situer du côté de la pulsion de vie est en effet, moins fatiguant sur le plan thérapeutique...Malheureusement, nos patients sont plus souvent situées du côté de la pulsion de mort, avec son cortège de morcellement et de destructivité du lien dans la psychose, de tentatives de suicide et de passages à l'acte divers. C'est donc plutôt de ce côté que le soin psychique va devoir se situer, dans des domaines moins agréables à supporter et à accompagner (voir pulsions de vie et de mort en ergothérapie)


La médiation permet la concrétisation des mouvements issus des exigences pulsionnelles, des contenus psychiques, des formes inconscientes personnelles et des émotions brutes difficiles à verbaliser. Parce que tout cela s'inscrit ainsi, visiblement, objectivement dans un objet, la médiation permet une première mise à distance, une concrétisation dans la matière. Il s'agit de la mise en forme dans la matière, par des représentations concrètes extérieures qui vont alors permettre un jeu entre les éléments externes (mise en formes dans la matière) et les éléments internes de la personne (représentations internes). L'utilisation de modèles externes, à condition qu'ils soient eux-mêmes métaphoriques et symboliques, porteurs de sens, est également possible, s'ils sont librement choisis. L'énergie va donc se projeter dans des représentations extérieures dont nous verrons les traces inscrites dans la matière, mais il faudra aussi que ces inscriptions concrètes et signifiantes puissent se faire dans le psychisme de la personne.


Symbolisation secondaire
La capacité de transformer nos expériences vécues en représentations se fait par le canal de l’appareil psychique,
lieu d’inscription des événements vécus par le sujet. La pensée est une mise en cohérence et un acte qui relève de processus d’organisation, de mise en lien de concepts, de souvenirs, de fantasmes, de sensations, d’affects et d’émotions. C’est dans l’espace intérieur que se déploie la pensée et celle ci s’élabore encore plus lorsque les mots peuvent avoir un sens, lorsqu’il y a représentation mentale du mot. 
Cette opération de liaison entre représentations de choses (dans le domaine du Ça) et représentation d'images et de mots (dans le domaine du Moi) permet de dire que le sujet est passé des processus primaires aux processus secondaires (voir processus primaires et secondaires) donc à une utilisation de défenses sur un mode névrotique ou normal. Chez l’enfant on remarque cette étape lorsque, jouant à faire comme si il dormait, il n’a plus besoin d’un oreiller et d’une couverture pour figurer cet état.

Une fois que des représentations psychiques sont installées, liant la pulsion aux affects, il devient possible de au psychisme, de les mettre en lien. C'est donc cette capacité à jouer avec des représentations, des symboles et à créer des liens signifiants entre eux, qui va permettre à la personne de symboliser. La mentalisation s'opère alors, grâce cette capacité de symbolisation avec laquelle elle est intriquée, voir pour certains auteurs identique. (voir construction de l’intelligence symbolique). 

Enfin, pour pouvoir partager et communiquer cette pensée, l'expression verbale est à proposer Cette dernière étape est, le plus souvent, plus aisée pour les personnes névrotiques, les patients dépressifs, les personnes ayant des capacités d’introspection. Cette étape de mise en mots sera à soutenir pour les patients psychotiques et ce sera, la plupart du temps, à nous de mettre des mots qui relient les ressentis et les actes, l'espace intérieur et ce qui se joue au dehors. Nommer et décrire ce qui se fait, se joue, se passe sera la voie d'une liaison possible entre des éléments psychiques souvent dispersés et des éléments externes souvent mal identifiés comme distincts du moi de la personne. 

Si l’ergothérapeute ne s'est pas donné les moyens de pouvoir recevoir une parole, de savoir repérer ce qui se joue en dynamique de groupe ou d'avoir expérimenté lui-elle-même, une co-animation avec un psychologue prendra alors tout son sens.

Voir le travail de la symbolisation chez
Roussillon


Les écrits de cet article sont la propriété intellectuelle de Muriel Launois et n'engagent qu'elle.
Il est possible d'utiliser tout ou partie des élaborations proposées, en citant vos sources.
Merci d'avance d'en respecter l'esprit.(article datant de 2008)

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