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Créer un cercle de paroles


Lorsque nous proposons une thérapie, individuelle ou groupale autour des émotions, plusieurs pistes de travail s'offrent à nous. Il convient de déterminer s'il va s'agir d'une seule séance de type ETP de l'utilisation d'un jeu autour des émotions dans un contexte plus général de jeux d'expression, de plusieurs séances proposée à un groupe fermé, avec une intention d'expression de soi et d'introspection (psycho-dynamique) ou avec une intention de modification de comportement visible grâce à un protocole d'intervention(TCC). Ces trois possibilités sont décrites dans des articles auxquels les liens vous renvoient.

Cet article vous propose de découvrir comment une mécanique polyvalente de jeu a pu être créée, c'est à dire une structure globale de jeu, utilisable de différentes façons dans le travail autour des émotions, mais aussi dans d'autres contextes. Je lui donne le nom de cercle de paroles, qu'il convient d’entendre comme un cercle vertueux, à parcourir comme un cercle qui ouvre des perspectives. La figure du cercle peut s'avérer être une répétition en boucle et fermée. Ce qui se joue dans l'utilisation qui en est faite, c'est que, progressivement, les cartes sont retirées du jeu, le cercle s'amenuise puis disparait. Sur un plan métaphorique et signifiant, le cercle fermé s'ouvre, la boucle répétitive se résout dans des choix possibles, le cercle vicieux s'épuise dans la parole.

Cette mécanique polyvalente, permet, selon la façon dont vous l'employez:

  • de proposer un jeu d'expression et de discussion (type cercle du plaisir voir ci-dessous)
  • de l'utiliser comme un outil de découvertes de stratégies possibles dans une séance d'ETP (type cercle des stratégies voir ci dessous)
  • de la proposer dans un protocole de type TCC, comme une étape possible dans une chronologie intentionnelle. (type cercle des stratégies voir ci dessous)



La genèse d'une idée

Deux éléments m'ont conduite progressivement à rechercher une structure simple d'utilisation pour permettre à des personnes de trouver des stratégies pour gérer, exprimer, canaliser, vivre, éprouver (et autre) ses émotions.C'est d'une part, la découverte de l'ETP et du type d'animation qui en découle, et d'autre part, le gout de créer et de co-créer des jeux pour travailler d'une façon symbolique, ludique et métaphorique. C'est l'association de ces deux éléments qui m'ont permis de développer la structure d'intervention proposée ici.


Éducation thérapeutique
Lors de la formation à l'ETP, l'une des pistes que j'ai le plus appréciée, était le fait que nous devions proposer à nos patients de trouver les choses par eux-même...Ce mode d'animation , relié aux concepts humanistes, dans la mouvance de la psychologie positive, m'a amenée à une réflexion sur les apports d'un tel mode d'animation.

Le mot d'éducation thérapeutique m'avait semblé très scolaire tant que je ne savais pas ce que l'ETP recouvrait. Dès que j'ai pu comprendre et expérimenter qu'il fallait trouver des outils pour favoriser l'intégration active des personnes, je suis devenue plus enthousiaste...L'idée que 80% du temps de parole devrait être le temps de parole des patients et pas celui des thérapeutes m'a tout de suite...parlé! Il ne s'agissait donc pas uniquement de transmettre des informations, mais d'aider les personnes à les trouver par elles-mêmes. Voilà que l'éducation thérapeutique pouvait permettre d'aider la personne à être active, à poser des choix, à entrer dans une meilleure conscience d'elle-même. Certes, il ne s'agit pas de s'occuper du mode de fonctionnement intra-psychique comme dans les thérapies d'orientation psycho-dynamique, et encore moins d'explorer les méandres de l'inconscient dans des techniques projectives, mais au moins, l'ETP permet de remettre la personne au centre de la thérapie et dans une position active.

La formation en ETP m'a été nécessaire pour intégrer un parcours officiel d'ETP en TCA et chirurgie bariatrique. Un travail en thérapie corporelle et un groupe de parole m'ont été demandés. En ce qui concerne le travail dit de "gestion" des émotions, nous avons créé un jeu avec ma collègue somaticienne, mais qui aurait nécessité d'être répété sur plusieurs séances pour être pertinent. J'ai donc développé ensuite, seule, un "protocole" plus adapté, répondant à la commande d'une seule séance. Cette façon de faire nécessite une validation par l'ARS mais l'état d'esprit qu'elle véhicule peut se révéler intéressant, même en dehors d'un parcours codifié et protocolisé. Je me suis donc mise à l'utiliser dans mes pratiques en psychiatrie, en particulier avec des patients psychotiques ou en grande difficulté pour mettre des mots sur leurs ressentis et leurs émotions, avec cette idée qu'il était possible d'organiser des séances dans ce "style" d'animation et trouver des outils qui soient compatibles.


Co-création de jeux
Comme j'apprécie les jeux, tout est pour moi l'occasion de chercher des manières ludiques de proposer les séances. Un premier jeu dit de "gestion" d'une émotion, la colère, visait à proposer aux personnes en soin des stratégies de gestion. Volcano a été l'un des premiers jeux que j'ai créé, avant même la formation en ETP, autour des volcans et de la colère, mais il a demandé du temps, de l'énergie, du matériel. J'ai caressé un temps l'idée de créer un jeu pour chaque émotion, mais rapidement il s'est avéré difficile de fonctionner ainsi, d'une façon pour le moins clivée. La colère et les volcans étaient porteurs d'un sens symbolique dans ma propre histoire et c'est cela qui a permis d'aboutir à ce jeu, mais il ne me semblait guère possible de trouver une métaphore ou des stratégies pour chaque émotion, en mode "kit de survie" tout prêt à l'avance.

Et cela m'a été confirmé par une autre expérience. J'ai pu constater à quel point c'est le lien entre un jeu et une histoire personnelle qui peut le plus donner du sens et de l'efficacité à un outil créé. C'est une co-création avec une patiente, autour de la tristesse qui a contribué à cette constatation. L'outil créé par cette patiente et une stagiaire ergothérapeute, que j'avais imaginé pouvoir utiliser en thérapie avec d'autres personnes, n'est pas entré dans ce domaine. Il m'est utile pour l'enseignement ou la formation, essentiellement pour expliquer l’intérêt de la co-création. Je n'ai jamais pu l'utiliser avec d'autres personnes, car la dimension symbolique de ce jeu avait du sens pour cette personne donnée, autour du manque et du deuil.

Il n'en a pas été de même pour le mémory des émotions, co-créé avec un patient, mais qui lui a pu être réutilisé avec d'autres personnes. D'une part ce jeu s'appuyait sur une structure de jeu existante, le mémory, et d'autre part, le choix des images a été fait par la stagiaire ergo. L'implication du patient était donc moindre que celui de la patiente qui avait choisies les images autour de la tristesse. L'outil était plus neutre et son utilisation avec d'autres personnes s'est révélée possible et pertinente.



La structure du cercle

Cette structure est très simple et peut donc être reproduite aisément avec des cartes papiers découpées dans des feuilles A4...Il s'agit juste d'utiliser des cartes porteuses de mots, qui sont placées deux par deux, faces cachées et disposées en cercle (s’il y a trop de cartes, une croix ou des rayons de roue peuvent être faits au c½ur du cercle). Le plateau de jeu s'inscrit symboliquement dans une figure de cercle, de totalité comme les mandalas. Il est possible d'utiliser des pions pour se déplacer sur ces cartes puis les retourner. IL est aussi possible, tout simplement, de demander aux personnes de choisir celles qu'ils souhaitent retourner, si vous n'avez ni pions, ni dés. Au fur et à mesure du jeu les cartes dévoilées sont retirées et le cercle de jeu diminue peu à peu. Et c'est tout...

Cette façon de travailler permet aux patients de faire un choix entre deux idées, items, mots, stratégies ou autre, selon l'intention de la séance. C'est une façon de proposer des mots, venus de l'extérieur, mais que les personnes peuvent choisir d'intégrer (introjecter en version psycho-dynamique) ou pas, dans leur conscience. Ces mots venus de l'extérieur, qu'ils soient ceux de l'ergothérapeute, d'un livre ou même d'internet, ne sont pas une vérité ou un savoir que nous voudrions faire acquérir aux patients. Ils sont des propositions, des éventualités, des ressources possibles. Et il ne faut donc pas hésiter à y mettre des propositions qui ne sont pas pertinentes, de façon à favoriser une méta-position de la personne. Elle peut, en effet alors, s'opposer aux thérapeutes, s'affirmer, dire non, avoir son propre avis, trouver une piste stupide et ne pas être d'accord. Cette posture permet aux personnes de ne pas être en position d'apprenant, en position de passivité.

Milton Erickson, créateur de l'hypnose Ericksonienne, avait déjà compris, lorsqu'il était enfant, comment aider une personne à s'engager. Une anecdote vécue à la ferme de ses parents en témoigne. Un veau refusait obstinément de rentrer dans une grange, malgré toutes les personnes le poussant à faire cela. Milton est alors intervenu, s'est placé derrière le veau et...lui a tiré la queue. Le veau est alors rentré dans la grange, en tentant de contrarier ce qui lui était imposé de l'extérieur. Cette métaphore vécue est devenue une histoire porteuse de sens. Elle nous dit que la force de résistance est souvent proportionnelle à celle que nous mettons pour inciter l'autre au changment que nous désirons ou estimons bon pour lui...Tout thérapeute gagnerait beaucoup à ne pas trop désirer à la place de la personne en soin.



Les intentions

En fonction de nos intentions thérapeutiques, ces cartes-mots peuvent recevoir différents items et le cercle de parole proposé sera entré sur différents type de paroles. Il est ainsi possible de proposer des discussions autour du plaisir, ou de parler de diverses stratégies au niveau d'une émotion, ou de plusieurs. Il sera possible de parler de la nourriture émotionnelle ou des différentes façon de prendre soin de soi. Deux exemples vous sont proposés dans cet article. 


Cercle du plaisir
Nous avons testé ce jeu pour la première fois, avec l'idée d'échanger, en mode jeu d'expression, autour des petits plaisirs du quotidien...En ce qui concerne le plaisir, j'avais déjà expérimenté la liste des plaisirs, mais dans les groupes de patients ayant des difficultés à mettre des mots sur leurs ressentis, les listes étaient souvent un peu pauvres. De plus, le fait de proposer un outil déjà tout faite, à savoir une liste, ne permettait pas à toutes les personnes de s'y reconnaitre. Les listes groupales pouvaient rester affichées dans l'atelier, mais le plus souvent, les listes personnelles n'étaient guère utilisées ou investies.

Nous avons donc, avec une stagiaire de seconde année, Mathilde Macario, cherchés des petits plaisirs du quotidien sur la toile. Plusieurs sites ont permis de trouver plus de 80 propositions que nous avons inscrites sur des cartes. Certaines étaient très pertinentes, d'autres plutôt poétiques, d'autres très orales et certaines parfois incongrues. Cet ensemble de cartes a donc été proposé aux patients et le temps de jeu a été très apprécié, favorisant une parole libre autour de leurs choix personnels. En fin de séance, au lieu d'écrire une liste, il a été simplement demandé aux patients de se souvenir d'un ou deux petits plaisirs, de ceux qu'ils préféraient, sans jamais leur dire qu'il faudrait qu'il les réalisent, et sans jamais leur donner de consignes ou de tâches à accomplir.

Il reste toujours possible d'enrichir les cartes avec les idées des personnes durant chaque séance, ce que le groupe apprécie. En effet, un jeu qui se révèle lui-même évolutif, vient s'inscrire comme une métaphore du changement possible de la personne. Un intérêt caché de plus...



Cercle de stratégies
Lors d'un travail de groupe pour la création d'un protocole de travail sur les émotions de type TCC, nous avons également imaginé des cartes autour des stratégies possibles de "gestion" des émotions. L'idée reste la même et le patient a donc deux cartes en main. Au delà de l’évidente métaphore concrète du fait d'avoir les cartes de sa vie en main, c'est la notion de pouvoir choisir et de pouvoir s'affirmer qui reste la plus visiblement efficace au fil du jeu. En effet, chaque personne se révèle capable d'un choix ou encore, d'affirmer que c'est l'une puis l'autre carte qui lui plait. Les échanges d'idées sont ainsi possibles entre les personnes et les discussions fructueuses.


Une affaire à suivre...Et lorsque vous aurez trouvé votre façon d'utiliser cette structure pour en faire votre propre outil, je vous invite à m'envoyer vos idées...









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