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Fonction contenante


La conscience de soi va offrir à la personne la possibilité de s'éprouver comme un contenant corporel et psychique fiable, permettant d'avoir en soi des contenus psychiques qui peuvent entrer en jeu, en inter-action, voir en conflit. Pour pouvoir s'éprouver comme contenant, il faut posséder une enveloppe psychique, définie par D.Anzieu comme présentant 2 interfaces (feuillet externe de la peau, extéroceptif et feuillet interne de la peau, comme espace d'inscription des traces imaginaires). Entre ces deux feuillets s'exerce la fonction contenante, dynamique. Le travail de ces deux feuillets est voir développé dans l'éprouvé corporel (voir sensorialité ) et la fonction d'inscription des traces sensorielles. (voir aussi la métaphore du moi peau ).

Dans cet article nous allons plutôt développer la fonction contenante au sens de la fonction dynamique. Il faut d'emblée considérer que le relaxant va pouvoir s'appuyer sur les propres capacités de contenance de la thérapeute avant de pouvoir exercer sa propre fonction contenante. Nous allons donc enter d'aider la personne à introjecter nos propres capacités de contenance, et cela notamment à travers les différents contenants que nous proposons à la personne d'expérimenter. D’une part, il s’agit donc d’analyser les contenants offerts, qu’ils soient concrets ou métaphoriques, et d’autre part il s’agit de comprendre comment stimuler la capacité contenante de la personne pour qu’elle puisse intégrer cette dimension, et ne pas rester un objet passif, contenu par la thérapeute.


Les contenants proposés
Tout d'abord les auto-massage sont à examiner. Les les sensations travaillées intéroceptives , extéroceptives et proprioceptives, contribuent à restaurer un contenant corporel plus fiable et plus conscient. Ainsi, le vécu de la peau comme contenant physique, objectivable vient s’inscrire comme une première métaphore d'une enveloppe psychique. Cette notion d’éveil de la contenance de la peau est soutenu, dans l'atelier, par l’insistance autour d’un travail concret sur la peau, qui vient se proposer comme une métaphore de l'enveloppe de soi, des limites et des frontières, mais aussi par une réflexion et une utilisation de contenants plus à distance comme les enveloppes sonores et spatiales.

  • Le contenant sonore vient s’inscrire comme l'une des expériences les plus archaïques et fondamentales. Il provient tout autant de la vois qui peut être proposée comme enveloppante et non intrusive, que de la musique, choisie alors pour ses qualités d'enveloppe également non intrusive. (Voir enveloppe sonore).
  • Le contenant spatial vient également proposer ses services. Ainsi dans cette intention d’offrir des expériences ce contenance afin de pouvoir les intégrer en soi, la salle est fermée au moment de la relaxation profonde, venant faire écho à la nécessaire clôture de soi au monde extérieur pour pouvoir faire une pause. Cette distanciation n'est parfois plus possible pour certains sujets, comme noyés, envahis par l'extérieur, les discours d'autrui, les actions quotidiennes, etc…La clôture de la salle vient proposer une métaphore qui gagnerait à être intégrée par le sujet, métaphore de sa propre capacité à contenir en lui des éléments psychiques. Dans le même esprit, le téléphone est débranché et nul ne sort de la salle. ( voir habiter l'espace dans modalités de thérapie)
  • L'utilisation des couvertures sous et sur le corps, comme une enveloppe de chaleur, contribue également à cette dimension contenante, sécurisante et régressive. Cette enveloppe de chaleur est soutenue également par le fait de se réchauffer les mains avant tout massage pour augmenter cette conscience d'une enveloppe de chaleur visant à éveiller la chaleur profonde du corps. La chaleur, comme éprouvé corporel, vient favoriser une conscience meilleure des notions de surface et de profondeur, et donc d'une capacité à contenir en soi un ressenti, associé ou non à des images, ressenti de chaleur qui s'exprime très fréquemment en fin de séance.


dedans dehors
Une autre dimension est nécessaire pour que la fonction contenante s'exerce, c'est la distinction entre un dedans et un dehors. Cet autre éclairage qui nous est surtout offert par Winnicott s'articule autour des notions de moi et de non moi, de dedans et de dehors de soi-même, élargissant les découvertes à des frontières plus distantes de l'enveloppe de peau. Tout le dispositif permet des découvertes du passage entre dedans et dehors, des liens à faire entre ces deux espaces et des moyens d'y déployer des expériences suffisamment répétitives pour qu'elles soient intégrées. L'atelier de relaxation offre de multiples occasions d'expérimenter les passages entre dedans et dehors de soi-même, et de la salle de thérapie pour permettre à la fonction contenante de s'éprouver et de s'exercer dans de multiples expériences.

Ainsi le dispositif spatial, déjà décrit, est en soi un élément favorisant cette distinction entre un dedans sécurisé et le dehors de la salle. Ce dispositif permet des expérimentations grâce à des sas progressifs : ambiance de la salle différente de celle de l’extérieur au niveau des couleurs, de la lumière, rituel d’installation, matériaux souples et confortables, téléphone débranché, salle clôturée au moment musical, ralentissement du rythme, diminution des stimulis extérieurs, etc…Tout cet ensemble concoure à donner le sentiment d’un bon dedans, protégé, nécessaire au travail, mais qui ne doit pas se couper illusoirement d’un extérieur qui serait lui mauvais. Il est important d’avoir conscience de cela pour ne pas favoriser ce clivage très souvent exprimé par les patients.

Tout le travail proposé permet d'aller de l'extérieur vers l'intérieur, puis de revenir à l'extérieur. Nous notons ainsi des étapes progressives:

  • De l'extérieur à l'intérieur de la salle.
  • De l'extérieur de soi, par les expérimentations progressives proposées par la thérapeute, à l'intérieur de soi, par la découverte de sa liberté, son intuition personnelle et sa capacité à faire des choix.
  • De l'extérieur, l’éveil des sensations, à l'intérieur par une écoute de la répercussion du massage proposé.
  • De l'intérieur vers l'extérieur de soi lors du retour dans la conscience de différences avant et après la séance.
  • De l’intérieur vers l’extérieur, dans le retour à la conscience de la présence des autres personnes.
  • De l’intérieur vers l’extérieur lors de la parole, adressée à la thérapeute et aux autres personnes.
  • De l’intérieur de la salle à l’extérieur, ou la vie quotidienne est retrouvée.


Se penser et se dire
Toute la séance vise à permettre aux personnes de " penser à leur corps" et à leur ressentis intérieurs pour pouvoir mettre en mots leurs sensations dans un second temps et les formuler à l'extérieur d'eux-mêmes.
La capacité à contenir en soi des éléments psychiques, comme par exemple des ressentis corporels précis , nécessite d'avoir la conscience de soi, de se considérer comme une personne, d'avoir un JE.C'est la nécessité d'une enveloppe psychique étayée sur la matérialité de l'enveloppe physique. A l'intérieur de cette enveloppe psychique, les contenus peuvent alors exister, se relier, entrer en dialogue, prendre sens.

     Se penser
Il s'agit d'entrer dans un dialogue intérieur, consistant, par exemple, à se se dire à soi-même : " là, je ressens de la chaleur " ou bien encore " là je ressens une tension ou une douleur ". Ce dialogue, cette intériorisation est plus ou moins consciente, plus ou moins riche, plus ou moins exprimable en mots. Ce dialogue est possible ou non suivant les personnes et les pathologies. Les personnes névrotiques peuvent plus facilement avoir conscience de leur espace intérieur et entrer dans cette sorte de "double conscience".

Le champ sémantique des termes proposés est centré autour de: "se penser, se parler à soi-même, utiliser son esprit comme pouvant se déplacer et descendre en soi-même pour écouter les sensations de telle ou telle zone du corps". Autant de propositions métaphoriques inaccessibles aux patients psychotiques car elles proposent un vécu de dédoublement comme si une partie de soi-même pouvait ressentir et une autre partie, mettre en mots. Une partie qui observe et une partie qui constate. Il est donc important, pour ces patients, d'adapter soigneusement le langage et les mots proposés pour demeurer dans un travail autant concret que métaphorique. Le choix des mots se fera donc dans un champ sémantique centré sur les notions de peau, d'enveloppe, de contenance, de maintien, etc...

Un autre aspect de la capacité de contenance en soi se remarque dans la possibilité d'intérioriser le dialogue entre soi et soi. Parfois, des patients, le plus souvent psychotiques ou état limites, ne peuvent contenir leurs sensations et doivent les verbaliser tout de suite, indiquant par là qu'ils n'ont pas encore acquis d'espace intérieur où "ranger" leurs pensées. Elles sont mises au dehors, même intimes. La capacité d'une personne à se taire et à garder en elle, momentanément, des ressentis, est indicatrice d'une évolution positive. Il est donc important de faire co-habiter dans un atelier de techniques corporelles, des personnes psychotiques et d'autres qui ne le sont pas. En effet, lorsque des personnes se taisent et intériorisent en elles leur vécu, les personnes psychotiques en font tout autant si elles ne sont pas trop dissociées. La contenance groupale aura ainsi un effet thérapeutique visible.

D'autre part, les personnes psychotiques ont une perception sensorielle parfois plus riche que l'on ne le pense, mais saturée, chaotique, ce qui rend inutilisable ces perceptions non canalisées. Il s'agit de l'énergie libre des pulsions, non liées par le moi. En relaxation, la quantité de stimulation des sensations corporelles qui sera supportable, demeure tributaire de la qualité de pare-excitation de la peau. Cela reste imprévisible et il vaut mieux se prémunir et rester sous le seuil de stimulation sans déborder les capacités de ressentis des personnes, ce qui pourrait conduire à un risque de passage à l'acte au lieu de favoriser une intériorisation. (voir fonction de pare excitation dans l'éprouve corporel).

     Se dire
La seconde partie consistant à exprimer au dehors, ce qui était au dedans, relève moins de la fonction contenante, et nous invite déjà à une mise en lien plus expressive que nous développerons dans la dimension symbolique. Globalement, il est à remarquer toutefois, que la mise en mots des sensations corporelles est un exercice d'une grande difficulté pour des patients, et parfois même, pour des personnes normales. Les ressentis sont parfois indicibles, vagues, globaux, difficiles à mettre en mots précis. Toutefois, le simple fait d'essayer d'exprimer au dehors ce qui a bien pu se jouer au dedans est garant de l'existence des deux espaces et d'un lien possible entre eux. Si "on en parle" c'est qu'il s'est tout de même bien passé quelque chose…

Les personnes psychotiques vont pouvoir s'appuyer sur le psychisme des personnes névrosées, déprimées ou anorexiques, plus efficace en termes de fonction contenante et en termes de capacité à exprimer et relier entre eux les contenus. A travers les mises en mots de ces personnes, les personnes psychotiques pourront assimiler et intégrer des expériences et des ressentis plus contenants et reliés que les leurs, ce qui confirme l'intérêt de groupes hétérogènes. (Voir fonction de symbolisation).





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