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Fonction contenante

Fonction contenante Zoom sur Fonction contenante
La compréhension de la notion de contenance a une grande importance en particulier, dans la psychose et les état-limites.

Ce sont les concepts de D.Anzieu qui vont nous permettre de penser nos dispositifs avec des moyens appropriés, en utilisant la dimension réelle et métaphorique contenante du cadre, de la médiation, de la relation thérapeutique, du groupe.

Les concepts de Bion autour de la contenance, les capacités de rêverie maternelle, la désintoxication des éléments toxiques, vont également nous permettre de mieux comprendre ce qui se joue.





Deux niveaux sont à différencier: D'une part, il s’agit de comprendre comment étayer, renforcer, stimuler la capacité contenante de la personne pour qu’elle puisse intégrer cette dimension, et ne pas rester un objet passif, contenu par le ou la thérapeute et d'autre part il s’agit de repérer et d’analyser les contenants offerts, qu’ils soient concrets ou métaphoriques, c'est la partie visible et concrète de ce travail autour de la contenance.



La fonction contenante

    Capacité contenante de l'ergothérapeute
Bion parle de ce qu'il nomme la capacité de rêverie et de contenance de la mère. Il s'agit de la contenance comme capacité de transformation des éléments Bêta (éléments psychiques bruts non élaborés de type destructeurs) en éléments Alpha (éléments psychiques élaborés par la capacité de rêverie et d'imagination). Pour l'enfant, c'est la mère qui va assurer cette désintoxication des éléments Bêtas, en les supportant et en les nommant. C'est Bion qui a principalement théorisé cela, prolongeant les travaux de M.Klein. C'est à partir de ces théories que Bion souligne que le ou la thérapeute doit posséder ce qu'il nomme "la capacité au négatif", c'est à dire tolérer la destructivité verbale, et ergothérapie elle peut être aussi projetée dans l'objet concrétisé.

Il ne s’agit donc pas simplement de proposer des éléments contenants (cadre, médiations, activités), mais de stimuler la fonction contenante de la personne. Il faut d'emblée considérer que le patient va pouvoir s'appuyer sur les capacités personnelles de contenance du ou de la thérapeute avant de pouvoir exercer sa propre fonction contenante. Nous allons donc tenter d'aider la personne à introjecter (prendre en elle) nos propres capacités de contenance. Pour cela, il convient de proposer des expériences suffisamment répétitives, sécurisées, et analysées, afin qu’elles soient intégrées et assimilées par la personne.

    Passages dedans dehors
La conscience de soi va offrir à la personne la possibilité de s'éprouver comme un contenant corporel et psychique fiable, permettant d'avoir en soi des contenus psychiques qui peuvent entrer en jeu, en inter-action, voir en conflit. Pour pouvoir s'éprouver comme contenant, il faut posséder une enveloppe psychique, définie par D.Anzieu comme présentant 2 interfaces (feuillet externe de la peau, extéroceptif et feuillet interne de la peau, comme espace d'inscription des traces imaginaires). Entre ces deux feuillets s'exerce la fonction contenante, dynamique.(Voir fonction contenante ).

Cette capacité de contenance va pouvoir être progressivement introjectée par le ou la patiente, principalement en exerçant cette capacité et en voyant l'ergothérapeute exercer ses propres capacités de contenance psychique. Cette capacité s'exerce en particulier sur des éléments liés à l'angoisse, l'agressivité, les sentiments de morcellement et de persécution, autant d'éléments difficiles à intégrer en soi pour les patients. L'ergothérapeute doit donc travailler sur ses réactions personnelles à ce type d'émotion afin de proposer des modalités cohérentes d’élaboration psychiques et non pas de "simples" réactions à ce qui peut être projeté par le patient. Pour affiner ce travail, une supervision peut s'avérer pertinente.

Toute la séance vise à permettre aux personnes d'expérimenter le fait de posséder un espace personnel extérieur et intérieur dans lequel ils vont pouvoir jouer, créer, mettre en forme et en représentations des contenus issus de leur espace psychique. C'est la fameuse projection. Cette expression du dedans projetée au dehors nécessite d'avoir, à minima, une conscience de soi, de se considérer comme une personne, d'avoir un JE.C'est la nécessité d'une enveloppe psychique étayée sur la matérialité de l'enveloppe physique. A l'intérieur de cette enveloppe psychique, les contenus peuvent alors exister, se relier, entrer en dialogue, prendre sens.Il est clair que dans ce domaine, tous les patients n'ont pas les mêmes capacités, psychotiques ou non, dans la mesure où il s'agit ensuite de reconnaitre, dans les éléments projetés des parties de soi-même.

    distinction dedans dehors
Une autre dimension est nécessaire pour que la fonction contenante s'exerce, c'est la distinction entre un dedans et un dehors. Cet autre éclairage qui nous est surtout offert par Winnicott s'articule autour des notions de moi et de non moi, de dedans et de dehors de soi-même, mais aussi autour des notions de dedans et dehors de la salle d'ergothérapie ou encore de l’hôpital, élargissant les découvertes à des frontières plus distantes de la personne en elle-même. (voir article sur Dedans Dehors, comme une application pratique dans modèles conceptuels ).

Tout notre dispositif doit permettre des découvertes du passage entre dedans et dehors, des liens à faire entre ces deux espaces et des moyens d'y déployer des expériences suffisamment répétitives pour qu'elles soient intégrées. L'atelier  offre de multiples occasions d'expérimenter les passages entre dedans et dehors de soi-même, et de la salle de thérapie pour permettre à la fonction contenante de s'éprouver et de s'exercer dans de multiples expériences.


Ainsi le dispositif spatial est en soi un élément favorisant cette distinction entre un dedans sécurisé et le dehors de la salle. Ce dispositif permet des expérimentations grâce à des sas progressifs : ambiance de la salle différente de celle de l’extérieur au niveau des couleurs, de la lumière, rituel d’installation, matériaux distingués de l'extérieur sans entrées et sorties non canalisées, changement de rythme, diminution des stimulis extérieurs, etc…Tout cet ensemble concoure à donner le sentiment d’un bon dedans, protégé, nécessaire au travail, mais qui ne doit pas se couper illusoirement d’un extérieur qui serait lui mauvais. Il est important d’avoir conscience de cela pour ne pas favoriser ce clivage très souvent vécu par les patients.

   Contenant et contenus intra-psychiques

Un autre aspect de la capacité de contenance en soi se remarque dans la possibilité d'intérioriser le dialogue entre soi et soi au niveau , cette fois, des contenus psychiques. Parfois, des patients, le plus souvent psychotiques ou état limites, ne peuvent contenir leurs sensations, ressentis, émotions et doivent les verbaliser tout de suite, indiquant par là qu'ils n'ont pas encore acquis d'espace intérieur où "ranger" leurs pensées. Elles sont mises au dehors, même intimes. La capacité d'une personne psychotique à se taire et à garder en elle, momentanément, des ressentis, des sentiments, des impressions, des émotions est indicatrice d'une évolution positive.

Un autre temps de la thérapie, consistant à exprimer au dehors, ce qui était au dedans, relève de la fonction contenante mais aussi de la fonction de symbolisation, appuyée sur la projection. Globalement, il est à remarquer toutefois, que la mise en mots est un exercice d'une grande difficulté pour des patients, et parfois même, pour des personnes normales. Les ressentis sont parfois indicibles, vagues, globaux, difficiles à mettre en mots précis. Toutefois, le simple fait d'essayer d'exprimer au dehors ce qui a bien pu se jouer au dedans est garant de l'existence des deux espaces et d'un lien possible entre eux. Si "on en parle" c'est qu'il s'est tout de même bien passé quelque chose…

Les personnes psychotiques vont pouvoir s'appuyer sur le psychisme des personnes névrosées, déprimées ou anorexiques, plus efficace en termes de fonction contenante et en termes de capacité à exprimer et relier entre eux les contenus. A travers les mises en mots de ces personnes, les personnes psychotiques pourront assimiler et intégrer des expériences et des ressentis plus contenants et reliés que les leurs, ce qui confirme l'intérêt de groupes hétérogènes. (Voir fonction de symbolisation).



Les contenants proposés en ergothérapie

Le patient va donc pouvoir s'appuyer sur les capacités personnelles de contenance du ou de la thérapeute avant de pouvoir exercer sa propre fonction contenante. Nos propres capacités de contenance vont se manifester à travers notre façon d'être mais aussi à travers la façon dont nous allons proposer de vivre des expériences dans des contenants concret et métaphoriques pertinents. 

C'est l'ergothérapeute qui doit assurer, dans un premier temps et surtout avec les personnes psychotiques, cette métaphore concrète de contenance. Ainsi l'ergothérapeute, par sa présence, son cadre et la médiation proposée, permet d'offrir l'image consciente et inconsciente d'une enveloppe où sont contenues des matières, objets et personnes. Au sens où ils ne fuient pas, où ils «tiennent», où ils sont repérés comme solides et permanents. Contenance et permanence de l'objet sont donc clairement imbriqués. (voir fonctions du cadre )

Les contenants proposés peuvent être très divers :

  • Le contenant spatial vient également proposer ses services. Ainsi dans cette intention d’offrir des expériences ce contenance afin de pouvoir les intégrer en soi, une salle fermée en est un exemple, venant faire écho à la nécessaire clôture de soi au monde extérieur pour pouvoir faire une pause. Cette distanciation n'est parfois plus possible pour certains sujets, comme noyés, envahis par l'extérieur, les discours d'autrui, les actions quotidiennes, etc…La clôture de la salle vient proposer une métaphore qui gagnerait à être intégrée par le sujet, métaphore de sa propre capacité à contenir en lui des éléments psychiques.
  • L'utilisation de certaines activités s'inscrit également dans cette démarche.Des notions telles que la permanence de l'objet, le sentiment de continuité, la confrontation au principe de réalité à travers la matière contribueront également à ce travail autour de la fonction contenante.(voir aussi les expériences signifiantes proposées par les médiations).
  • La notion de place personnelle peut également se présenter comme une occasion d'éprouver une contenance. Une table, une feuille blanche, une pochette un tiroir en sont quelques moyens possibles. Il est important aussi de tenir compte du fait que la personne doit pouvoir créer son espace personnel dans la salle, tout en ne se considérant pas "comme chez lui ou chez elle" et ne pas induire un sentiment de confusion ou d'hospitalisation quasiment à vie.
  • Le contenant sonore est souvent proposé comme un fond musical enveloppant. Il peut aussi devenir un inducteur de créativité et dans ce cas, il devient important de se pencher sur l'impact du sonore pour la personne. (Voir enveloppe sonore) Il est bien sûr possible de co-animer des séances avec un(e) musicothérapeute et de prendre bien soin, dans ce cas, de différencier les rôles, l'ergothérapeute venant propose, par exemple, une concrétisation dans l'argile, l'écriture ou tout autre médiation concrète qui demeure notre spécificité.
  • La contenance du groupe vient également renforcer les expériences de contenance proposées. Le simple fait d'être en groupe, de ne pas être seul s'inscrit dans cet esprit. Mais il y a aussi, bien sûr le sentiment d'appartenance à un groupe, avec ses bons et ses mauvais aspects qui peuvent jouer un rôle. (Voir thérapie de groupe ).
  • Dans le cadre de thérapie psycho-corporelle, nécessitant d'autres formations ou expériences didactiques que lors de notre formation de base, les contenants proposés sont à analyser. Un exemple en est donné dans l'impact des auto-massages proposés dans la thérapie développé dans un chapitre. Les sensations travaillées intéroceptives , extéroceptives et proprioceptives, contribuent à restaurer un contenant corporel plus fiable et plus conscient. Ainsi, le vécu de la peau comme contenant physique, objectivable vient s’inscrire comme une première métaphore d'une enveloppe psychique. Cette notion d’éveil de la contenance de la peau est soutenu, dans l'atelier, par l’insistance autour d’un travail concret sur la peau, qui vient se proposer comme une métaphore de l'enveloppe de soi, des limites et des frontières.(voir fonction contenante en thérapie psycho-corporelle ).
  • La contenance psychique est moins un contenant proposé qu'une capacité de la personne, mais elle peut néanmoins être renforcée par une modalité de thérapie extérieur dans le fait de proposer des temps de parole différenciés des temps de création ou de production. Maintenir une contenance de la parole, avec ou sans enveloppe sonore, pour qu'elle puisse ensuite s'exprimer dans un lieu, va dans ce sens.


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